[#16] Bulgarie, Serbie, Hongrie, Autriche, Allemagne, Maison. Retour aux accents divers.

  1. Grèce

Notre retour sur le continent coïncide presque parfaitement avec notre date de retour, à un mois près. En effet, nous avons décidé de rentrer en Belgique début avril, pour diverses raisons, ce n’est ce que pour préparer un futur voyage ?

Il nous reste donc un mois pour remonter d’un des points les plus méridionaux de l’Europe jusqu’au pays des frites et des bonnes bières : déjà des arguments de choix pour vouloir rentrer rapidement n’est-ce-pas ?!

Un mois, c’est une durée décente pour la plupart des gens qui prennent des vacances, mais pour nous, comparé au rythme adopté jusque là pour nos vagabondages, ça semble rapide ! C’est tout de même 8 pays que nous devons encore traverser. Faites les maths, ça ne laisse pas tellement de temps à chaque endroit ; et l’on sait d’expérience que chaque pays recèle de secrets et de découvertes pour des mois, voire des années d’exploration.

Bref, ça c’est le programme mais début Mars, nous sommes encore en Grèce et entamons notre route au Nord. D’Athènes que nous quittons au plus vite (fuite de la grande ville) nous passons par le site antique de Delphes avant de tracer jusqu’à Thermopyles où nous profiterons des eaux sulfatées aux températures exquises.

Montée vers le Nord ensuite vers un des sites les plus magiques que nous avons rencontré, un endroit de recueillement, un lieu culte pour sûr, et un paysage où l’escalade est reine depuis des décennies : les Météores. Imaginez-vous (ou regardez les photos) sortir d’une plaine pour découvrir des tours de roches agglomérées qui s’élancent vers le ciel, pures et nues pour certaines, mais chapôtées d’un monastère pour d’autres. Solution efficace pour se protéger des menaces, recherche d’ascension au plus près du ciel et isolement certain pour ces moines-grimpeurs qui ont construits ces édifices impressionnants. Certains sont plus accessibles que d’autres, beaucoup sont tombés en ruines mais une belle série continue d’être en activité. Les plus impressionnants sont ceux qui n’avaient d’accès que via leur « ascenseur » activé à main d’homme. Les premiers à commencer les travaux devaient être des grimpeurs, c’est sûr. La légende raconte que la corde de l’élévateur était changée uniquement lorsqu’elle cédait : la vie ne tient qu’à un fil…

Lieu historique de cette pratique, les Météores ont accueilli des grimpeurs depuis longtemps et plus particulièrement dans les années 80/90 lorsque l’escalade est devenue un sport à part entière. Ça tombe bien, c’est pour ça qu’on est là. Quelques jours sur place avec une météo divine nous on permis de faire quelques belles ascensions. La grimpe n’est pas très exigeante au niveau technique, mais bien au niveau mental : on grimpe sur un conglomérat de galets de différentes tailles qui nous permettent de progresser. Leur solidité apparente n’est pas rassurante, mais en général, ça tient. L’escalade est plutôt dalleuse (comprendre en inclinaison positive, donc reposante) et peu physique mais les points des voies équipées ne sont pas en surplus. En gros, ça engage facilement 5-10 mètres entre les points, et pas grand-chose pour placer entre, on a vite laissé le rack au camion. Pour toutes ces classiques, la chute n’est pas vraiment une option. Ceci dit, cet engagement contribue à la magie de cette escalade dans une ambiance sacrée, une grimpe méditative et l’accomplissement d’un sommet en haut de chacune des tours. Un coup de chœur, vraiment. Un paradis pour les grimpeurs, mais enchanteur pour les randonneurs aussi.  

Quelques jours plus tard, nous devons continuer la route, timing oblige. Notre dernière destination hellénique sera Thessalonique. Dernière grande ville du côté de la Turquie, port de la Méditerranée, entrée vers l’Europe. C’est une ville qui accueille un grand nombre de réfugiés, par choix ou pas, c’est selon. Dans tous les cas la ville s’est vue transformée par l’arrivée de cette nouvelle population. Nous arrivons un jour de fête et profitons donc de la journée pour aller flâner sur les quais. L’exploration aurait pu être sous une meilleure aura car nous ne nous sentons pas à l’aise dans cette ville. Tout d’abord car, à peine garé, le temps de chercher un pull à l’arrière du camion, j’en ressors pour découvrir un type monté à l’avant et fouillant la cabine à la recherche de pièces. Je le fais sortir et il aura encore l’audace de me demander de l’argent ! Cet incident associé au fait que personne ou presque ne porte son sac à dos dans le dos, mais bien sous le bras nous fais ressentir un sentiment d’insécurité. C’est dommage que la recherche d’opportunité de certains nuise à la réputation de tant d’autres.

  1. Bulgarie

Il est temps de passer la frontière Nord du pays, et d’arriver en Bulgarie ! Pays européen depuis peu, un des derniers du lot, mais qui garde une réputation peu flatteuse : mafia, pot-de-vin, pauvreté et corruption. C’est le pays le plus pauvre de l’Europe semble-t-il et en effet, en zone rurale, les prix sont presque équivalents à ceux de l’Albanie : « c’est pas cher ». Les campagnes gardent cet aspect rustique d’antan, celui de ces endroits où le temps semble s’être arrêté par manque de moyens, avec une certaine beauté intrinsèque cependant.

Notre première halte aura des arômes de raisins fermentés. La région de Melnik est connue pour ses vins que nous gouterons sur place avant d’emporter quelques bouteilles.

On y visitera ensuite un très beau monastère sur la route vers la capitale. Le temps étant maussade, pluvieux et froid (Sofia est la capitale Européenne la plus haute en altitude) nous gouterons une belle spécialité à base de pâtisserie et chocolat chaud épais et visiterons un des plus grands musées de la ville. Hébergé par un serbe installé ici, nous apprenons pas mal de choses sur le pays, le gars est super sympa et nous sommes bien contents de passer les nuits au chaud ! Un fait marquant de la ville, qui a été bien plus prospère jadis au vu de ses bâtiments, est le parc automobile : le nombre de grosses BMW X6, grosse Mercedes classe E et autres bolides à 100 000€ ne colle pas avec l’économie du pays ! Il semblerait que le bulgare de base s’endette à vie pour se payer une voiture-image qui lui donne un air viril et de réussite.

Une petite randonnée dans les alentours, pieds dans la neige et nous voilà partis vers le Nord du pays qui offre quelques beaux sites d’escalade que nous voudrions découvrir. Le « Petzl Rock Trip » y est passé quelques années auparavant et leur vidéo nous donne envie. Ils avaient parcouru deux sites, nous irons voir le premier qui est impressionnant mais pas en condition à cette période : Prohodna . Une grotte, ou plutôt un tunnel souterrain, ouvert aux deux extrémités vers une cavité d’une cinquantaine de mètre de haut. Assez-magique par sa prestance, et parcouru des touristes qui viennent admirer les deux fenêtres sommitales qui apparaissent comme des yeux au plafond. Figure divine semble-t-il.

Ensuite, nous irons vers « Vratsa », qui veut dire la porte en bulgare. En effet une chaine de montagne calcaire qui se rétracte en forme de V autour d’un cours d’eau qui permet de passer d’un côté à l’autre, d’une vallée à l’autre. Niveau escalade, il y’a de tout : du sportif, du trad, de la couenne, de la grande voie, de la dalle et du dévers. Un beau panel qui en fait le site le plus réputé du pays. On y rencontrera un couple de bulgares super sympas (ce qui n’est pas un adjectif commun à tout le peuple) avec qui nous partagerons des astuces, des histoires et un bon feu de camp.

Enfin, avant de quitter le pays nous ferons halte à Bozhenitsa, site plus modeste mais carrément génial. Et pour cause, c’est du grès ! J’adore cette roche, et l’escalade (couenne) y est sportive, aérienne et sculptée : tout ce que j’aime. Un peu comme Berdorf pour les connaisseurs, mais en 5 fois plus grand !

  1. Serbie

Frontière de l’Europe à nouveau, la Serbie n’en fait pas partie, elle est sur la liste des candidates depuis de nombreuses années mais, selon nous, plus avancée économiquement et au niveau des infrastructures que la Bulgarie. Une certaine position vis-à-vis du Kosovo bloque son entrée dans l’EU. Les files de camions à la douane sont le signe d’un passage difficile entre ces pays limitrophes mais séparés par ces nouvelles frontières. Nous sommes d’avis qu’ils devraient pouvoir accéder à la Zone, historie Kosovare résolue cela-dit.
Un pays intéressant, au niveau topographique d’abord, géologique même avec notre première halte aux portes de Vratna, d’immenses ponts de roche se succédant, plafonds de grottes effondrées à nouveau comme en Bulgarie mais ici pas de tunnels, juste ces portes vers la forêt. Joli ! Pas étonnant qu’un tel site soit devenu le lieu de création d’un monastère. Content d’autant plus que nous y sommes arrivés par hasard, suivant un panneau au détour d’un virage.

Deuxième et la plus magnifique de ses prestations géographiques : le cours du Danube qui fait frontière avec la Roumanie (avec l’Europe). Ce fleuve s’écoulant de l’Allemagne à la mer morte est un des plus longs d’Europe et parcourir ses berges est un réel plaisir. En Serbie il prend des tournures exceptionnelles grâces à des gorges étroites et profondes. Magnifique paysage à découvrir à la marche, à vélo ou peut-être bien au fil de l’eau (projet futur ? en tout cas la descente de l’entièreté du fleuve doit être une belle aventure !). Anecdote amusante, nous captions le réseau Roumain (EU) depuis les berges du côté Serbe, pratique pour communiquer mais par contre le fuseau horaire n’est pas le même, plutôt décalé comme histoire !

Pour se promener dans les zones protégées autour du Danube, il faut être accompagné d’un Ranger. L’accompagnement est gratuit mais l’entrée dans le parc est payante (5€ si je me souviens bien). On tente l’expérience, malgré le fait que payer pour aller se promener est un peu contre nos principes, on prend le gars et lui demande quelle rando serait la plus belle. Il nous propose un point de vue qui serait un des plus beaux et c’est parti. Bon au final, c’est une « rando » d’1.5 km sur un sentier supra balisé… on aurait probablement pu se passer de lui mais il parait qu’il y’a des caméras qui surveillent, et puis on en a profité pour lui poser plein de questions sur son pays, intéressant tout de même. La vue valait le coup malgré tout (malheureusement, on ne peut pas laisser le Ranger dans les bois, il faut le ramener à sa base, ça nous aurait éviter un aller-retour).

Le long du Danube, de ce côté ont également été retrouvées des ruines, des restes et des fragments d’une civilisation qui serait la plus ancienne d’Europe.
Un musée, intéressant également pour son architecture, retrace ces découvertes et reconstitue le village-archéologique ou plutôt le campement qu’ils ont pu dénicher. Reconstitution car le camp original est aujourd’hui enfui sous les eaux du Danube faisant suite à la création d’un de ses barrages. L’appellation de Lepenski Vir est à retenir et vous pouvez même visiter le musée en ligne : www.lepenski-vir.rs . Plus de 9000 ans avant notre ère !

Plus haut sur les rives du Danube, là où il se calme, s’élargit et où les gorges acérées font place aux champs et prairies, nous avons rendez-vous avec notre Couchsurfer du jour à Smederevo, petite ville-arrêt avant la capitale, histoire de passer la nuit dans un endroit plus calme. La ville est sympa, le château fort impressionnant, faut dire qu’ils en ont pas mal des forts de l’époque, c’est d’ailleurs l’attraction principale de Belgrade où nous irons passer la journée suivante.

Ce château, ou plutôt cette énorme forteresse abrite le Zoo hypra-bondé (on est juste passé devant les grilles et la file) mais aussi des musées, des cafés et choses très agréables : de nombreux espaces verts ouverts au public avec ou sans vue sur le Danube (encore) et sur le reste de la ville. C’est vraiment un lieu appréciable, on a beaucoup aimé. Et encore plus grâce à la surprise découverte dans l’enceinte la plus protégée : des grimpeurs. Eh oui, même si les rochers Serbes ne font pas légion, les locaux ont trouvé de quoi s’amuser. Traversées le long des murs (un peu comme au Cinquantenaire de Bruxelles) mais également moulinettes installées depuis les remparts, plutôt sympa comme salle !

Le reste de la ville est assez beau aussi, on retrouve une architecture d’un âge d’or un peu passé, mais avec une richesse plus marquée encore aujourd’hui qu’en Bulgarie. On pressent que notre remontée vers le Nord s’articule autour d’une remontée en prospérité, les prix en témoignent. Quartiers touristiques et ville bondée, c’est joli mais ça reste une grande métropole, pas notre tasse de thé.

La fin de notre périple en Serbie ce sont des parcs nationaux où camping et feux de bois sont bien vus et la ville de Novi Sad. Le nom pourrait faire écho car c’est celle-ci qui a subie les assauts de l’OTAN en 1999. Plusieurs mois de bombardements détruisant les ponts de liaison entre les rives du Danube mais aussi une bonne partie de la ville. Bombardements incessants jusqu’au retraits des troupes Serbes du Kosovo. Un ultimatum peu convivial dont la population se souvient encore. On en a rencontré et l’incompréhension d’un tel acharnement reste bien présent dans les esprits. On visitera notamment une exposition célébrant les 20 ans de cet anniversaire.  

C’est sur cette note d’un souvenir plutôt sombre que nous passerons la frontière vers le pays suivant.

  1. Hongrie

La Hongrie, on la speed, à nouveau on est pressé par cet ultimatum qu’on s’est fixé. Et puis, on se dit que quitte à devoir avancer rapidement, autant le faire vraiment, il faudra revenir pour faire honneur à ces pays qui ont beaucoup à offrir. C’est aussi le cas de la Roumanie qui nous appelle par ses paysages attrayants. Ce sera pour un prochain voyage !

La Hongrie est un pays intéressant d’abord par sa géographie : la plus grande pleine d’Europe. En gros un énorme plateau plat entouré de montagnes qui forment ses frontières. Ensuite par sa langue qui n’a rien à voir avec ses voisines. Les seules racines communes avec le Hongrois ont été dénichées de l’autre côté de l’Astral dans un recoin de la Sibérie. Un peuple fuyant l’hostilité du grand nord il y’a plusieurs centaines d’années et s’établissant dans ces terres fertiles. Géographie encore avec le nombre de sources thermales parsemant le pays, près d’un millier. Une plaine aux souterrains volcaniques ! Et quel plaisir de se baigner dans ces eaux à température plus qu’agréable ! Ce sont d’ailleurs ces eaux thermales qui offrent la première attraction de BudaPest, capitale où l’architecture Austro-Hongroise témoigne d’une histoire prospère et riche. Une ville qui en regroupe deux : Buda et Pest, chacune d’un côté du … Danube ! Ici les prix sont à l’instar de l’Europe, on est clairement dans une ville touristique visitée par des vacanciers de tous horizons. Fini les restos pas chers et les courses à deux sous. Un petit site d’escalade aux alentours de la ville et une baignade dans un bain hypra local et nous revoilà déjà à la frontière suivante.

  1. Slovaquie

Un passage en Slovaquie, ou plutôt une incursion car nous n’avons pas le temps de visiter le pays et ses beautés. Uniquement un détour express d’un côté du Danube à l’autre. Le fait de rester en Union Européenne nous rappelle que la libre circulation est tout de même une belle avancée. Nous irons jusqu’à Bratislava pour y découvrir une toute petite capitale aux airs de ville de province malgré son architecture riche. Elle aussi accolée au Danube et surmontée d’un château, plutôt renaissance ici, et qui offre de belles perspectives sur les environs.

  1. Autriche

Qui dit retour vers son pays signifie pays déjà traversé. En effet retour en Autriche, mais bien loin cette fois-ci du Tyrol et de ses montagnes, nous sommes à l’Est ; plaines et forêts. Notre seule halte sera la capitale de Vienne dont nous avons entendu beaucoup de bien.

Première surprise fort agréable et pratique : un parking trouvé grâce à Park4Night (voir l’article sur nos applis : ICI ). Ce parking est interdit la semaine car utilisé par les « grands de ce monde », ministres et parlementaires, mais lorsqu’ils sont en weekend, il est ouvert au peuple, gratuit et toléré la nuit pour les campers ! Vous ne trouverez pas une chambre meilleure marché et aussi bien placée dans toute la ville, c’est garanti ! Bon le hic reste au niveau toilettes car les hordes de chinois se lèvent tôt et les fêtards citadins se couchent tard. Les lampadaires n’aident pas à l’intimité mais un musée aux abords sauve la partie.

La ville est agréable de nuit comme de jour, nous la visiterons des deux façons. Un centre historique ultra-dense historiquement, parsemé de parcs et de jardins où les habitants viennent pique-niquer. Une ville active le long d’un fleuve que nous commençons à connaitre…. Avec ses berges artistiques, ses rues commerçantes son mélange d’architecture renaissante et contemporaine et ses activités. On tombera sur un festival mettant à l’honneur les deux roues non-motorisés (les vélos quoi) dans toutes leurs formes : BMX, vélo de ville, électrique, sportif et plus impressionnant le vélo freestyle avec deux pistes de sauts. Décors de cathédrale pour des acrobaties aériennes. La quantité de musée est impressionnante et nous recommandons tout particulièrement le musée du Meuble, pas le plus médiatisé mais un des plus riches.

J’aurais presque pu passer le chapitre escalade car le Tyrol est clairement une région plus riche pour notre sport mais Vienne a quand même réussi une belle mise à l’honneur de ses hommes-araignées en transformant une de ces anciennes batteries anti-aérienne ( Flaktürme ) datant de la seconde guerre en mur d’escalade géant. Ces structures hypra-impressionnantes, gratte-ciels de béton aux allures de palmiers appartiennent à un patrimoine à la fois terrifiant et passionnant. L’intérieur de celle-ci a été aménagé en aquarium alors que ses murs extérieurs sont parsemés de prises.

  1. Allemagne

L’Allemagne, on y passe plus car c’est sur la route que par choix, on connait un peu et puis c’est moins exotique. Petites haltes intéressantes cependant, tout d’abord à Nuremberg pour une petite promenade printanière dans cette belle ville à l’architecture authentique.

Aux alentours de la ville, le « Zeppelin », site datant de la deuxième guerre, création du Führer envers sa fierté personnelle témoigne de cette période historique. Le site servait de rassemblement pour les discours d’Hitler et les proportions sont juste hallucinantes. L’ensemble du site n’a pas été terminé mais les traces persistantes permettent de se rendre compte des ambitions titanesques de ce despote. Big up pour le musée qui regorge d’anecdotes historiques.

Nous ferons une dernière escale à Wiesbaden, ville un peu huppée en bordure de Francfort. Nous y serons hébergé par Alberto, un ami avec qui j’ai beaucoup grimpé en Espagne quand je vivais à Madrid. Vraiment chouette de se revoir, de visiter sa petite ville ensemble, et un très bon timing car deux semaines plus tard il déménageait à Lyon ! La prochaine rencontre se fera plus au Sud. Nous avons profité de ses topos pour aller grimper un peu dans le coin, petit secteur à l’allemande, sur un gré assez exigeant mais plutôt sympa !  

  1. Hollande

Bon… la Hollande c’est pour avoir un point 8. car en réalité c’est juste l’autoroute qui passe d’Allemagne en Belgique, on a dû y rester une demi-heure sans même s’arrêter.

  1. Belgique

Retour au bercail, après 9 mois sur les routes d’Europe, un voyage qui s’est enrichi au fur et à mesure, qui était un projet personnel tout d’abord et est devenu une aventure partagée. Un voyage qui nous a permis de découvrir que l’Europe tant géographique que politique regorge de différences et de richesses (matérielles ou humaines). Un voyage plein de rencontres, plein de paysages, plein les yeux en gros.

Un voyage qui nous a donné soif, soif de plus et qui nous a ouvert les yeux sur des possibilités que beaucoup refoulent pour des raisons plutôt futiles en général. Cette soif nous la nourrirons dans les mois qui suivent avec des voyages plus courts chacun de son côté, Athé en Inde et moi en Norvège. Et puis, c’est officiel, nous avons pris nos billets et l’aventure continuera en Septembre direction l’autre bout du monde : l’Australie !

A suivre donc. Ceci n’est pas une fin mais un commencement.

[#15] Retraite en Crête

La Crète, doux nom qui nous plonge instantanément dans la Grèce antique, la culture Minoenne, des paysages étonnants, de l’huile d’Olive et de la cuisine diététique. La plus grande île de Grèce a su totalement nous conquérir !

Après une douce nuit sur le pont de notre « petit » bateau de traversée, pas le droit de dormir dans le camion pour des raisons de sécurité, nous arrivâmes au beau matin en douce Crète. Visite d’Héraklion et départ rapide pour Chania, retrouver nos copains Anaëlle et Rémi, pas vu depuis si longtemps ! Grâce à la fantastique Veronica, couch surfeuse au top, nous découvrons cette charmante ville et les alentours. J’ai particulièrement aimé la balade tout au nord à Moni Katholico, à la recherche de la cache des pirates. On n’a pas trouvé le trésors mais le paysage vaut de l’or !

Déjà 24h sur l’île, il était temps de grimper ! Le site de la grotte de Tersanas près de la magnifique plage de sable blanc de Balos semble tout indiqué. C’est l’une des plus belle plage du monde, la preuve en photo! La contempler se mérite : la route se dégrade d’un coup et devient une piste. Après une 1 heure à se faire secouer dans tous les sens, on se dit que la prochaine fois on prend un véhicule 4×4 ! (à suivre dans nos aventures en Australie !)

Le niveau d’escalade requis dans la grotte est exigent. Le site est grandiose, rien que la marche d’approche en vaut la peine et t’en mieux pour moi. Oli s’amusera bien dans une voie à colo…

Petite aparté, c’est le moment de vous faire une confidence, si vous croyez que je suis partie faire un tour d’Europe de grimpe avec un bon niveau en escalade, et bien vous vous trompez ! Avant le départ je n’avais jamais enchaîné de 6a en salle… mon niveau s’est bien amélioré mais je reste une cramique (=novice) ! Comme quoi pas besoin d’être un cador pour s’amuser avec des jolis cailloux.

De retour au campement nous ferons la connaissance d’une famille hors norme : les MYTAE. 2 parents et leurs 3 enfants en 4×4 qui dorment sur la tente de toit du véhicule. Plusieurs années de voyages, pas de scolarité classique pour les enfants mais une soif de leur transmettre des valeurs profondes sur la vie et la liberté… Une rencontre qui vous ouvre la porte des possibles.

Si vous voulez en savoir plus sur cette famille, ils décrivent leur façon de voir le monde sur la toile, par exemple via instagram :

https://www.instagram.com/mytae_rencontre_le_monde

Le vent froid de la tempête qui fait rage nous a soufflé vers le sud ouest de l’île. C’est partie pour la rando mémorable de Paléochora – Sougia. Ça devait être facile avec 12km le long de la côte montagneuse, enfin ça l’aurait été si notre petite équipe de rigolo’s avait eu envie de faire demi-tour mais que nenni. Faire du stop pour se faire déposer au milieu de nul part et se retrouver à marcher sur l’asphalte est bien plus aventureux. Espérer ardemment qu’une voiture passera et nous aidera à sauver nos chaussures et les membres qui sont dedans. Les 40km qui nous séparent du camion pourraient bien les faire partir en lambeau. La magie de l’aventure sera de passer par un village où les hommes crétois uniquement (ou crétins,j’ai un doute?!) sont occupés pendant leur dimanche à vider les chargeurs de leur pistolet dans une maison, c’est le Texas de la Grèce ! Nous trouverons 2 petites aides motorisées précieuses et rentrons juste à temps pour un apéro au coucher de soleil, mon préféré ! (Le vin était une production artisanale de l’île, une aventure à lui tout seul, étonnant en bouche et efficace pour élever notre niveau de bêtise, un beau cadeau ce pinard^^).

Et se fut le temps de la tempête généralisé et quelle joie de se jeter dedans tous ensemble ! Mais quelle tempête, les Crétois n’en avaient pas vécu des comme ça depuis au moins 50ans. Pour les copains qui dorment en tente ça sentait le chien mouillé, et comme j’avais bien envie de découvrir le Help X (c’est un peu comme le Woofing pour ceux qui connaissent, c’est-à-dire du volontariat contre un hébergement et de la nourriture). Nous nous retrouvons chez un couple d’Anglais dont le mec était plutot bon cuisinier, et comble du luxe notre lit était pourvu d’une couverture chauffante. Après 2 jours à terrasser leur jardin, extraire des souches (enfin une demie), ranger et nettoyer leur cuisine, peindre des panneaux, nous avions bien vite compris que ce ne serait pas l’expérimentation la plus enrichissante mais les pluies diluviennes nous font rester 1 jour de plus. Toutefois ça aura été une expérience et on apprend toujours: la prochaine fois je chercherai des lieux avec un dynamisme plus communautaire, soutenir un projet plus large que d’aider un couple d’alcooliques fainéants !

Cette première tempête aura entraînée avec elle de nombreux arbres, fait déborder le lit des rivières, inonder une partie des villes du nord de l’île et même se faire s’effondrer des ponts… Pendant la tempête, Oli voulait traverser un guet d’où un filet d’eau s’écoule. A force de persuasion et de démonstration de jet de cailloux qui se font entraîner avec la force du courant, nous sommes allés nous abriter derrière un monastère, dans un tout petit recoin bien encastré entre des murs, ainsi protégé du vent qui faisait rage, nos copains dans la chambre d’amis (l’avant du camion!). Et heureusement, le lendemain en repassant devant notre guet le filet d’eau était devenu torrent… C’était incroyable, on aurait été bloqué quelques jours de l’autre coté si on était passé. Il faut faire attention, durant la tempête, 4 jeunes sont décédés, emportés par l’eau lors d’un passage de guet.

Pour se remettre de nos émotions, notre objectif du jour était de trouver une skafian pie, célèbre tarte de Hora Skafion, composée de sucre, de sucre et de sucre ! Que de l’amour pour notre ami Rémi. Hors saison et avec ce temps de chien notre mission s’est soldé par un échec. Pas le temps de se laisser abattre, nous allons voir la belle roche de Plakias en bord de plage, les lignes sont superbes mais aujourd’hui cette dalle ruisselante ressemble plus à une cascade qu’à un mur d’escalade. Nous n’avons qu’une envie : revenir avec le soleil. On se consolera au café, à regarder passer les nuages en mangeant des gros gâteaux crétois…

Nous continuons notre route vers les grottes troglodytes des hippies de Matala. Ce site est situé sur un ancien cimetière romain converti en logement au standing du hippies des années 70. Il faut dire que le lieu à tout pour plaire, une crique à l’eau turquoise protégée par 2 belles falaises percées telles un gruyère. Après 10ans le rêve a pris fin quand la municipalité à compris qu’elle pourrait en faire de l’argent ! Ça faisait longtemps que l’on avait pas vu des cars de chinois…

Pour cette raison et celle de l’arrivée de la police (faut croire qu’on a vraiment pas le droit de sauter les grilles pour rentrer dans le site après la fermeture, ca manque de « hippiness » aujourd’hui cet endroit), nous partons un peu plus au sud en direction des gorges d’Agio Farango, gros spot d’escalade que nous sommes décidés à découvrir après en avoir entendu beaucoup de bien.

Le lieu est particulièrement reculé et avec les intempéries la « route », piste constituée de cailloux plus ou moins gros, était très chaotique jusqu’à devenir infranchissable au niveau d’un guet devenu rivière. Qu’à cela ne tienne, toujours avec les copains, nous allons contourner le problème et aller au village « d’à côté ». Ils nous faudra juste 45min de marche, une belle rando côtière de type montagne tout de même. Au vue de la pluie tombée, nous décidons d’aller inspecter les lieux sans tout le matos. Pour les non grimpeurs je vous fait une petite description de notre équipement à trimballer en falaise équipée. Attention départ : Chaussons, souvent 2 paires (chaussons techniques et pantoufles de grimpe « confortables »), baudrier, descendeur (pour assurer son équipier), un jeu d’une 20aine de dégaines, mousquetons, corde de 80m (= pèse son poids!), sangles, casques, sans oublier l’eau et un peu de miam miam ! Je dirais un peu plus de 10 de kilos à répartir entre nous.

La gorge est profonde, belle et mouillée. On repaire nos secteurs et continuons pour une belle balade de 15km en terrain vallonné. Pour moi qui aime marcher, c’est le paradis ! Vous êtes peut être blasés par nos jolies photos de paysages incroyables, nous pas ! A vivre, c’est une joie. Autant de beauté sauvage au quotidien, ça rend heureux !

Dommage pour nous, nous étions sensé être protégé de la tempête mais elle revint en force. Nous fuyons ! Dans tous les sens, les copains partent vers une ville romaine obscure qui doit avoir un château (grosse passion de Remi) et nous vers d’autres falaises!

En chemin on s’arrêta pour faire une rando à Zaros. Une source naturelle de l’île. Je visiterai l’ancien site Minoen de Phaïstos. Passionnant et incroyable de se rendre compte de l’influence d’un seul homme sur notre perception d’une civilisation qui existait il y a 4000 ans. L’archéologue Arthur John Evans s’est inspiré de recherches scientifiques bien sur mais les a mêlées à ses croyances personnelles pour développer ses théories et son histoire de cette civilisation dont il est par ailleurs l’auteur du nom qu’il leur a attribué selon le mythe du roi Minos… (qui est donc bien un mythe). J’ai préféré le palais de Phaïstos à celui, plus connu, de Knossos près d’Héraklion. Où ce malade d’Evans a décider de bétonner le site historique, de peindre à sa fantaisie les fresques du palais le déformant à tout jamais. Son empreinte sur la civilisation minoenne est énorme et pas très réglementaire…

On ira 2 jours à Kapetaniana. Le site est grand mais pas forcement en bon état. Les points sont usés et n’inspirent que peu la confiance. On fait quelques jolies lignes, les longueurs sont courtes, le cadre agréable, bien que escarpé. Un vrai sentiment de montagne très agréable tout de même.

Et nous repartons vers une autre falaise en bord de mer. Mais la encore, il faudra la mériter. Déjà il faut préciser que nous sommes dans une Crète reculée, loin de l’agitation touristique, et oui ça existe encore, les routes sont mauvaises et les dénivelés sont importants. Pour sûr je me souviendrai longtemps de cette route. Imaginez 1000m de dénivelé à descendre de manière abrupte avec notre petit Pouet Pouet, sur un chemin tantôt un peu asphalté, tantôt bétonné, tantôt gravillonné, tantôt poussiéreux. La descente passe encore petit joueur mais clairement j’ai serré les fesses à la remontée !! Très fière de mon pilote car les virages en aiguille étaient sec, très dérapant avec des inclinations pas faciles pour notre camion (tout le poids est sur l’arrière, alors que c’est les roues avant qui tractent). J’ai cru qu’on allait rester coincés. Malgré le pied au planché, le camion reculait quand même… Super technique de super pilote, redescendre les derniers lacets, et foncer !!! Heureusement qu’il était là (pour lui « ça passe » toujours ^^) c’est pas donné à tout le monde de gérer ce genre situation. Là encore on est repartis avant que la pluie ne vienne et fort heureusement sinon je ne pense pas que l’on aurait pu en sortir ! Mais dommage car nous n’avons pu profiter de ce micro village et ces cailloux que quelques jours durant. Dans ce village de 6 habitants en hiver, nous avons eu le privilège d’en rencontrer un. Avec lui les mots accueil et générosité prennent leur véritable nature. Malgré une barrière de la langue, c’est avec insistance que nous comprenons qu’il nous invite à prendre le café. Ce serait peu intéressant de conter ici tous nos échanges ou leurs tentatives, ou de compter le nombre de victuailles offertes mais cette chaleureuse rencontre restera gravée comme un moment privilégié avec une personne ouverte qui partage du mieux qu’elle peut (et la vérité j’essaierai de faire pareil quand je serai grande : donner sans rien attendre en retour!)

Pour accéder aux falaises une belle balade de 45 min longe la mer. En cadeau une épave cachée dans une crique et une église troglodyte. Le site de grimpe était beau, mais un peu vieux. Ça ne change rien au cailloux, par contre en ce qui concerne les protections c’est une histoire un peu rouillée ! Mais on a quand même profité de ce bel endroit. Je me rappelle une superbe une ligne en 6a. Bien physique mais heureusement c’est Oli qui est parti en tête. On trouve plusieurs longueurs en mutli pitch, nous en tentons une, sans trop savoir ce qui nous attend. Oli part en tête et je l’assure. Lorsque vient mon tour, je découvre des difficultés à monter, mais où sont les prises ? En premier j’accuse la roche de bord de mer, poisseuse, dans laquelle il est difficile de donner sa confiance. Pourtant Oli est en haut, c’est que ça passe. Je me retrouve seule, bloquée. Chaque voie en escalade est une aventure. De celle là je me rappellerai avoir essayé en force, puis d’avoir glissé, de m’être fait un petit bobo et me dire que l’escalade c’est pas pour moi… Mais finalement une fois en haut, j’étais juste tellement heureuse, les sentiments d’accomplissement et de fierté mélangés.
De son côté, Oli était dans son élément avec des lignes un peu physique, extrêmement sculptées mais surtout des voies d’un esthétisme rare ! Du pur bonheur en bord de mer, malgré un peu de poisse dû aux intempéries et à la faible fréquentation du site, les structures rocheuses étaient de beaux montages en trois dimensions.

On a quitté notre trou, pour aller vers l’Est. Hop un petit bisou de départ au copains qui prenaient leur bateau à Sintia. Puis balade entre un Olivier de 3500 ans, l’arbre hein, la plus grande palmeraie d’Europe et les gorges de Zakros la Crête, on se dit que la Crête est un bijou au naturel. Nous passerons 2 jours dans les « gorges de la mort », encore une fois avec la tempête. Elle nous aura amené un penseur Allemand, pas équipé pour survivre sous la pluie et qui trouvera refuge dans pouet pouet ! Dommage pour nous, il y a quelques voies au début des gorges mais leurs pieds sont inondés et la paroi ruisselle. Ça ne nous empêche pas de marcher pendant 2 jours dans ces beaux paysages variés et dynamiques. La remontée de la rivière à chercher les marques sous l’eau restera un très bon souvenir.

On profitera du beau temps qui arrive enfin pour retourner sur Agio Farango et grimper quelques jours là bas. Le site est majeur. On s’est gardé quelques jours de beaux temps avant le retour sur Héraklion. C’est avec une facilité hors norme que l’on a sympathisé avec la communauté de grimpeurs du coin. Quelle plaisir de les avoir rencontrer. Leur « salle locale » est une ancienne grotte dont le plafond c’est effondré et a créer un cirque rocheux entouré de voies grimpables toute l’année : Voulismeno Aloni. Trop cool ! On profitera aussi du beau temps pour se baigner un peu (la 1er fois de notre étape en Crête).

Après 1 mois passé sur l’île, je peux dire que j’aimerais y revenir. Malgré des conditions météo difficiles et surtout très inhabituelles aux dires des autochtones ce lieu est magique et regorge de merveilles dans ses paysages, sa culture, sa gastronomie et ses habitants. Un lieu paradoxale où les touristes de masse ont trouvés leurs plages et leurs resorts, mais il existe encore vraiment une crête sauvage et authentique à découvrir hors des sentiers battus – ou en hiver.

[#12] Introduction à la Grèce : Du Nord-Ouest au Péloponnèse.

C’est sans encombre que nous traversâmes la frontière nous ramenant à L’Union Européen. C’est pourtant des décors très similaires qui nous accueillirent sur les premières centaines de km : des montagnes, la mer, des troupeaux de chèvres et de moutons traversant à l’improviste et ces déchets qui jonchent le bas coté. Petite nouveauté dans le tableau, des châteaux-forts en ruine. Ils sont dans un état de conservation plus ou moins critique ; il faut beaucoup d’imagination pour reconstituer la vie qu’ils ont accueillis. Néanmoins, ils sont en libre accès et donne libre cours à notre fantaisie. Nous nous arrêterons dans un premier château puis à celui de Parga. Nous nous sentons l’âme de conquérants et nous amusons bien !

Nous passerons par « l’espace » d’escalade de Lichnos. Il y subsiste quelques points rouillés, l’oxydation va si vite en bord de mer, et un bon coin pour faire du bloc (dans le jargon cela signifie que tu ne vas pas très haut, généralement tu te protèges avec un « crash-pad », un matelas au sol, que nous n’avons pas emmené). Même si nous n’avons pas grimpé dans cette belle plage, elle nous aura permise de faire la connaissance de Saphia en VanCances (Van-Vacances) avec sa fille.

Et c’est avec joie qu’elle se joindra à nous pour le nouvel an. Au programme, retrouvailles avec les copains de « t’es où loulou », rencontré une première fois en Slovénie, puis en Croatie. Nous passerons la Saint Sylvestre avec d’autres Vanlifers, pour reprendre leur expression bien instagrammé : Ludivine et Sylvain, rencontrés dans les sources de Langarica, près de Permët, en Albanie. L’univers des van-totters d’hiver est bien petit, comme nous avons pu le constater avec plaisir. C’est que la Grèce est une destination prisée, bien au sud mais toujours en Europe.

C’est sur une belle plage que nous nous rejoignons. La fête à failli finir en noyade au vu de la mousson qui nous inondait. Forte heureusement Dionysos était de la partie et a sauvé la fête. Vers 21h, les copains Anaëlle et Rémy (et oui encore eux!) qui tentent de nous rejoindre sont bloqués à 30km de nous, seuls dans un petit village, sans le sou et sans distributeur dans les alentours. Avec notre seule bière au compteur, nous partons les chercher (secourir?). C’est qu’on les aime fort bien tout de même ! En chemin, on prendra en stop 5 kurdes Irakiens, heureux d’être pris en stop pour la première fois (à 5 en même temps, il faut déjà avoir un bon véhicule…). Ils cherchaient à rejoindre l’Allemagne, étonnamment, ils n’avaient aucun bagage, par contre leur téléphone semblaient performants. On ne voyage pas tous pour les mêmes raisons.

La soirée se déroule fort joyeusement, Nous sommes 5 vans, 8 adultes, 2 enfants. Quelle joie de commencer l’année en voyageant, dans un cadre idyllique et entouré de chouettes personnes.

La nouvelle année 2019 commence aussi par de l’escalade. Nous partons le jour même pour Varasova, l’un des stops mythiques de Grèce. Ce fut l’un des premiers à voir le jour, il est maintenant équipé de centaines de voies dont beaucoup en grande voie. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait, nous avons récupéré un vieux topo de 1997, et sommes partis pour une voie en V+. Ça fait du bien de faire de l’escalade plaisir ^^.

Le temps devenant hostile nous ne sommes restés que peu, alors que le lieu invite à séjourner plus longuement. C’est vers Patras et le Péloponnèse que la suite de nos aventures continues.

[#11] L’Albanie, pays de mafioso’s aux milles cadeaux.

Nous voici en Albanie. Choc culturel, ou chocs tout court car les trous dans la route (qui rappelle la Belgique… en pire tout de même) font la part belle aux amortisseurs.

Première image, premier contraste, on arrive à Shkoder, de l’autre côté du lac de Skadar, limitrophe avec le Montenégro. La ville est tout à l’opposé de la capitale de ce dernier (Podgorica). Ici les supra-centre-commerciaux sont remplacés par des petites échoppes aux dix produits disposés sur le trottoir ; les voitures garées n’importe où donnent le change aux vielles Mercedes aux 500.000 bornes et les charrettes tirées par des chevaux maigrelets offrent un spectacle d’avant-guerre.

L’Albanie, c’est un pays qui nous intriguait, sa réputation est plutôt bipolaire. Il y’a deux clans en réalité, ceux qui n’y ont jamais été et ceux que les voyages ont fait traverser ce pays aux rumeurs peu fameuses. Les premiers nous mettrons tous en garde : attention, le pays est malfamé, c’est une contrée de mafioso, de vols de voitures, de brutes sanguinaires et j’en passe. Les seconds quant à eux nous encouragent les yeux fermés à aller découvrir ce pays d’un autre temps, dont la beauté est pristine car encore peu explorée et la générosité sans égale.

Qui croire ? à qui donner raison ? on le découvrira bien assez tôt par nous-même. Et par assez tôt, je dois dire que notre premier arrêt sera à l’image de notre voyage par là-bas. Nous nous arrêtons à Shkodër donc, le regard plutôt affûté et aux aguets, ayant des doutes. Trouver une place pour le camion n’est pas toujours aisé (quoique en réalité ça ne pose pas souvent problème) mais le laisser tout seul dans une ville apparemment très pauvre et dans un pays dont la réputation n’est pas élogieuse est toujours un peu particulier.

Nous trouverons une rue plutôt calme et une place en face d’un café, c’est un peu loin du centre, mais l’agitation de celui-ci ne convenait pas à un créneau genre zig-zag rapide. Le café, c’est top, il nous permettra de choper du wifi et de regarder sur le net ce qu’on doit voir dans cette ville. On y rentre, commande tant bien que mal à la barman, qui nous apporte nos cafés et nous inculques nos premiers mots d’albanais. On y dit par exemple « falemenderit » (phonétiquement) pour dire merci … et oui au début ça surprend mais on s’y fait.
La surprise se fait lorsqu’on va prendre le large et demande l’addition… En effet, pas d’addition, la tenancière nous offre le café ! C’est bien la première fois qu’on va dans un commerce pour y acheter quelque chose et que celui-ci nous offre son gagne-pain !

Ceci-dit, la ville n’a pas grand chose à offrir d’attrayant, on visitera tout de même le musée de la photographie et les rues du centre avant de se diriger vers la capitale : Tirana ! ♪ Welcome to Tirana, tequila, sexo y marijuana

La route se fait de nuit, quelques appels de phares, on règle le notre et ça va mieux. Concernant la façon de conduire là-bas, je ne vais pas m’étendre de long et large et simplement reprendre une citation d’un autre blog de voyageurs qui a bien raisonnée dans nos oreilles à chaque trajets : « Conduire en Albanie, c’est comme jouer au poker et faire tapis à chaque virage« …

Anecdote sympa, ici le mot « voiture » à longtemps été remplacé par « Mercedes », en effet toutes ces vielles allemandes remplissent les rues du pays. C’était à l’époque les seules réputées assez solides pour résister à la rudesse des routes albanaises. Il faut dire que le service des voiries n’est pas des plus actif dans la contrée. Le réseau routier n’étant d’ailleurs qu’à moitié asphalté. Question piège : une route asphaltée pleine de trous est-elle meilleure qu’une piste peu entretenue ? On a bien une idée mais on vous laisse y répondre.

Tirana est tout le contraire de Shkoder, en tout cas l’ultra-centre car la banlieue est à l’image du reste du pays : pauvre et désordonnée. Le centre-ville de la capitale par contre, c’est le spot des expats, des quelques touristes et de ceux qui ont réussis (on sait pas trop comment). Des bars dans tous les sens, plutôt dans le genre strass et paillettes avec le prix qui va avec (ça reste bien moins cher que chez nous mais par rapport au reste du pays, ça dénote). On y rencontrera Elion, LE type qui sait de quoi il parle en terme d’escalade dans le pays vu qu’il a équipé une bonne partie des voies et ouvert la seule salle de bloc des 28 000 km² de l’Albanie. Bon ça reste pas des masses mais la volonté est là, les moyens moins car les points coûtent chers et les finances ne suivent pas. Mais la communauté s’agrandit, l’international s’intéresse aux belles parois et certains sites se développent. On visitera deux d’entre-eux, tout d’abord Bovilla, aux portes de la capitale. Bon, en km c’est pas loin, mais vu la piste, il faut tout de même une bonne heure et demie à slalomer entre flaques et bosses. Bovilla, c’est avant tout le réservoir d’eau qui alimente toute la ville. Un grand barrage qui crée donc un lac artificiel et une rivière qui s’en échappe en aval, parsemée de cuvettes qui offrent de superbes piscines en été. La saison ne s’y prête pas mais le décors est tout de même splendide, la vue sur les montagnes enneigées au loin et le miroir d’eau valent le coup rien qu’à eux-mêmes. Niveau grimpe, deux secteurs, l’un côté lac, orienté nord, plutôt facile (jusqu’à 6b). Superbe vue mais un peu froid en plein décembre. L’autre, juste de l’autre côté de l’arrête offre de superbes colos face sud vers le canyon et la rivière. Les difficultés passent un niveau et on trouve des voies dures et très esthétiques. Malheureusement, les colos n’aiment pas la pluie et les résurgences ne nous permettent pas d’y grimper non plus… il faudra revenir ! On fait tout de même une belle randonnée le long du lac, le potentiel d’escalade est énorme, et les endroits de bivouacs regorgent. Tous les foyers de feux de camp témoignent d’une activité bien différente et bien festive lors des beaux jours. En redescendant, on croisera quelques couples ou groupes d’amis style bobo, talons et bottes de cuir venus affronter la piste avec leur Merco ou leur 4×4 pour l’un ou l’autre selfie au bord du lac. Ca contraste avec l’esprit du lieu mais ça agrémente les réflexions au niveau folklo.

Le deuxième site, on en parle plus loin, car avant d’y aller, on a rejoint nos copains auto-stoppeurs rencontrés à Hvar en Croatie (ici). Ils sont à Elbasan, ville un peu plus au Sud-Est chez un hôte couchsurfeur « super sympa et qui nous propose un super plan dans une maison de village dans les montagnes« . Nous qui pensions tout d’abord tracer le pays en trois jours, commençons à penser y rester un peu plus longtemps. Nous arrivons à Elbasan et rencontrons Edoart, un albanais qui gère une petite auberge/dortoir/camping en été, et offre les lits en couchsurfing toute l’année ; plutôt sympa ! On passera un bon moment avec lui, sa copine italienne, Anaëlle et Rémy. Fun fact, Edoart, albanais, et sa copine, italienne, parlent en français ensemble (nous aussi du coup). Tout ça nous permettra d’apprendre plus sur la culture albanaise, notamment le fait que les seuls mafieux qui sont encore là sont les mauvais et le gouvernement en qui personne n’a réellement confiance ; les bons sont partis à l’étranger, là où il y a de l’argent. On apprend aussi que pour les albanais, le fait de venir dans leur pays est le plus grand des honneurs, ils « vénèrent » en quelque sorte les touristes, qui sont encore peu à passer la frontière récemment ouverte après des années d’autarcie. Un pays qui s’ouvre peu à peu, qui apprend à vivre dans la mondialisation et s’est vu catapulté dans un système capitaliste avant d’avoir pu comprendre tous les rouages du socialisme… de quoi trainer quelques fardeaux politico-organisationnels. On en profite également pour goûter certains mets locaux tel la Bugatsa, un pain beurré, cuit au beurre et au beurre. Plein de calories pour quelques leks.

Edoart possède une maison de famille, ou plutot un chalet haut perché dans les montagnes, pas loin d’un village isolé. Brochure à l’appui, il nous raconte que des français y ont séjourné un an, tombés amoureux du lieu, et qu’avant, il servait même de site de villégiature : cabanes, restaurant, jeux extérieurs etc. Tenu par un autre français et baptisé « La Vie Nomade » pendant 7 ans. Il cherche un repreneur – gratuitement – c’est sûr et même si on ne se sent pas l’âme casanière on se laisse tenter par l’expérience « into the wild » pour quelques jours. Après une longue piste en première, on arrive au lieu dit. Petit coup de nettoyage et allumage du feu de bois. Dehors, l’eau est gelée et la température bien en-dessous de zéro. S’en suit une discussion passionnée plus que passionnante concernant la condition de la femme et le role de la famille dans nos sociétés sur ces points fort différentes. Edoart nous quitte au petit matin et on découvre les environs lors d’une bonne rando. Il m’a demandé de regarder si certains rochers des environs seraient exploitables pour l’escalade, malheureusement, ça vaut vraiment pas le coup !

Générosité albanaise, on traverse le petit village, ou en tout cas un petit regroupement de maisons lorsqu’une vielle dame nous interpelle, on ne comprend pas grand chose mais elle nous offre moulte Kaki’s, ces fruits qui part chez nous se font rares et sont ici comme le blé dans les champs. On ne sait plus où en mettre, nos poches débordent ; « falemenderit« .

L’expérience nous laissera un superbe souvenir mais le voyage nous appelle. Si jamais vous cherchez un projet et un endroit loin de tout , avis aux amateurs, vous êtes les bienvenus !

Après ces quelques jours en montagne, on pensait revenir vers le chaud… mais c’était avant qu’Anaëlle et Rémy nous partagent leurs plans d’aller voir le lac Ohrid, en passant la frontière Macédonienne. On est pas si loin et ça a l’air sympa, on se laisse donc emporter. Enfin on les emporte plutot avec nous. Les nuits froides les pousserons même à utiliser notre chambre d’amis – l’avant du camion – pendant plusieurs nuits. Notre cher van fait donc couchage pour 4 !

Fun fact, en allant vers le lac Ohrid, lac de montagne, toute la route ascendante du côté Albanais est remplie de laveurs de voiture ; inside-out pour 1€50 ! Ils s’affichent clairement en pointant leur tuyau vers le ciel. L’eau vient droit du lac et est donc gratuite, ce qui permet ces jeux de fontaines offerts au voyageur – un petit Versailles couleur locale. Il faut dire que lorsque les albanais sont sortis du communisme, les trois commerces qui se sont lancés à grande échelle étaient : caféiste, pompiste ou gérant de car-wash ; faut que ça brille une Merco !

Mal nous à prit, même si le camion était bien sale, nous voulions profiter de la fin de journée pour aller voir le lac de jour. Pas de nettoyage pour nous cette fois-ci. Choix finalement regretté car le passage frontière nous a pompé tout le temps solaire restant… un vrai addict de la fouille, le mec a tout fait : caméra-cable, chien renifleur, tournevis, camion monté sur pont levant pour vérifier ses dessous,… pff le plus pénible qu’on ai eu du voyage !

Côté Macédoine, on a visité la ville d’Ohrid, parcouru le flanc Est du lac et on a même tenté l’expérience d’une rando glaciaire hivernale en mode white-out pour le sommet. En gros, on marche vers un sommet sans le voir, on pense y être, on check le gps, c’est pas là. On y arrive finalement, on fait rapidos une photo sommitale où on voit rien autour, on prend la boussole et on trace tout azimut pour redescendre sous les nuages avant de finir en glaçon. Amusant avec de la neige jusqu’aux hanches parfois, un peu mouillé mais au moins on a vécu une belle aventure !

Retour vers le plancher des vaches. On repasse déjà la frontière vers l’Albanie après un bon plein à 0.90€ le litre, il est pas si mal ce pays ! [en Albanie, bien qu’ils soient producteurs de pétrole, le prix est le plus haut des Balkans, autant vous dire qu’on y pas fait une station]. Le reste de la Macédoine se doit d’être magnifique, mais pays montagneux, il faudra également revenir dans des temps plus cléments.

On arrive sous le lac, côté albanais donc à la ville de Pogradec. Ici, fête du vin, on se fait offrir une brochette et un verre, on profite avec plaisir de la chaleur des grands brasiers allumés pour l’occasion avant de continuer notre route, c’est bientôt Noël et on a rendez-vous à Girokaster pour l’occasion.

En chemin, après quelques heures de routes bien cabossées, on s’arrête au milieu d’un champ pour la nuit. Réveil aux petites heures pour préparer de super pains-perdus quand une petite vielle vient vider sa bassine d’ordure dans la rivière ; classique par ici. Elle repart, et revient chargée de pommes et de noix en nous invitant chez elle. Je laisse à votre imaginaire le dialogue de sourds, gestes et carnets de dessin à l’appui pour comprendre tout ça. On est au centre même de la culture locale, on ne peut pas refuser. On termine tout de même notre petit déjeuné avant de se diriger dans son foyer. Sobrement aménagé, son mari et elle utilisent en hiver cette petite-pièce adjacente au garage car elle dispose du gros poêle de fonte qui offre une chaleur inespérée. Mais il ne sont pas peu fiers pour autant de nous montrer leur réelle maison, juste en face, crépis violet récent, maison 4 façades, on se croirait presque en Alsace.

L’accueil et la générosité albanaise est ici à son paroxysme, car entre albums de photos de leurs enfants dont ils ont l’air bien fiers également, surtout leur fille mariée à un italien. Ils nous offrent tout bonnement : du Limoncello (il est 10h du matin), des biscuits et friandises, des noix et noisettes, des coings, des pommes de fertilité pour les filles et une tournée de raki car j’ai le malheur de me moucher (il est toujours 10h du matin..). Toutes ces denrées matérielles pour des gens qui ne semblent avoir que peu, mais surtout une gentillesse exceptionnelle.

On prend finalement congé car il nous reste quelques heures de route, après avoir tout de même été voir le gros camion et la jeep du Monsieur qui les garde bien dans son garage (dont certaines poutres ont été entaillées pour que le camion y rentre..).

Quelques kilomètres avant Girokaster, on s’arrête tout près de la petite de ville de Permet, connue pour son gros caillou en son centre, son vieux pont mais surtout ses eaux thermales. A dix minutes de là : Lengarica, un superbe canyon aux parois raides qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Le paradis des touristes d’été qui le parcours pieds dans l’eau pour y découvrir sa beauté avant de revenir plonger entièrement dans le bassin d’eau sulfurée à 40° aménagé près de l’entrée. On choisira cependant l’option visite panoramique en faisant une randonnée qui longe tout le canyon d’un côté puis de l’autre, mais d’en haut seulement ; l’ombre et l’eau du fond des gorges inspirent peu en décembre. Cependant, le bain de souffre lui, on n’y manquera pas histoire de relâcher nos muscles endoloris après ces longues heures d’effort et apprécier le coucher de soleil sur les montagnes enneigées.

Noël donc. On le passe à Girokaster, perdue dans les montagnes également, cette ville d’assez grande importance est le fief de la province et est surmontée d’une grande forteresse qui a vu toutes les époques se succéder. On y retrouve des vestiges du Moyen-Age, des canons de la première, des chars de la deuxième et des avions de la guerre froide. L’entrée gratuite pour Noël nous a tous fait sourire.

Le réveillon quant-à-lui fut bien festif comme il se doit. Nous étions huit personnes, 4 couples d’horizon divers à partager un repas copieux. Nous avons en effet rejoint l’appartement d’un Néo-Zélandais : Jade qui est venu s’établir là-bas pour être au côté de sa fiancée elle-même albanaise et rencontrée on-line. Se sont jointes à nous Moni et Stefi, deux allemandes qui parcourent la côte adriatique depuis l’Allemagne à vélo ! On se paire et on prépare entrée, plat végé, plat viandard et dessert pour tous avant de dévorer tout ça et de finir la soirée à jouer au Wanted.

La digestion effectuée, nous repartons vers la côte, où nous attend le soleil et des cailloux – en manque de grimpe peut-être… En chemin on s’arrête à « l’œil bleu », un phénomène naturel de rivière souterraine qui ressort en créant un tunnel de plus de 50 mètres de profondeur et qui ressemble étrangement à une pupille… selon les panneaux du moins. Le plus étrange est l’état du site qui, sur des photos antérieures retrouvées sur internet paraissait complètement aménagé, avec petites terrasses sur l’eau et tavernes pour touriste. De tout cela il reste des ruines, des débris et des morceaux de faïences. Un cahot peu compréhensible.

La dernière destination de notre périple albanais se nomme Gjipe et ce sera notre coup de cœur du pays. En effet, c’est une plage de sable fin, orientée vers l’Adriatique et située à la fin d’un canyon de roche rouge-ocre qui offre des voies d’escalade variées, longues et spectaculaires. Le cadre est magique, c’est pourquoi un petit camping de hippies s’y est installé. Peu de monde en cette saison mais le soleil est au rendez-vous, le t-shirt peut même tomber pour grimper. On accède à la plage via un sentier qui offre une vue sur toute la côte sud, la piste étant trop mauvaise pour le camion. Mais ce panorama et le bivouac super juste au-dessus valent bien la marche. On s’y sépare de nos copains qui repartent en stop pour d’autres aventures pendant qu’on profite de cette escalade entre plage et rocher.

C’est sur cette note de soleil couchant, perdus dans un monde merveilleux, l’esprit plein de la générosité et de l’accueil des albanais, qu’on quittera ce pays où 3 jours se sont transformés en 3 semaines pour se diriger vers la Grèce et y vivre le début d’une nouvelle année.

[#10] Voyage au Monténégro où littéralement le pays de la montagne noire

La route qui mène à Kotor est apparemment sublime, elle longe l’embouchure et au milieu 2 îles, dont l’une abrite un monastère bénédictin, et en arrière plan des montagnes. Dommage pour nous, la pluie tombe drue et l’on ne voit pas à 20 mètres. Chaque nouveau pays amène son lot d’excitation, nous partons à la conquête d’un distributeur de monnaie local. Nous n’avons aucune idée de la devise mais comme le Monténégro ne fait pas partie de l’Union Européenne, on se dit qu’il n’y a aucune chance pour qu’il ait l’euro. Quelle surprise de voir que l’ATM ne propose que ça. Logique imparable, la Croatie qui est membre utilise le Kuna alors que le Monténégro qui est rebuté à chaque fois de l’U.E utilise l’Euro… On avouera que c’est plus facile pour compter. On est content de voir que les prix descendent un peu par rapport à chez nous. A quoi nous servirait cet argent si ce n’est pour manger ? Première découverte culinaire, un burek (sorte de tarte feuilletée) fourré à la patate. Efficace.

Les bouches de Kotor sont très réputées et attirent de nombreux touristes. A raison, une fois le soleil revenu, c’est avec notre Ami Sasa, rencontré grâce à couch surfing, que nous partons à l’assaut de la ville. Les remparts sont immenses et courent le long de la montagne. Plaisir de l’hiver l’entrée est gratuite. Heureusement vu l’entretien du lieu on se demande se qu’ils font avec l’argent. Il ne reste que des grosses ruines, sans panneaux indicatifs, des déchets dans tous les recoins, avec des arbustes plasticus, espèce endémique des Balkans. Néanmoins le lieu est incroyable, il est assez fun de faire la boucle, en passant par la zone de droite qui clairement n’est pas très pratiquée et ressemble à une jungle.

Le site d’escalade de Kotor est un beau site en haut de la ville, dans un cirque avec 3 parties : de la dalle facile, du dévers sur colo et une belle grotte bien cotée. Le chemin d’accès est raide et fait son travail d’échauffement. Dommage c’est qu’une fois en haut, les voies sont à l’ombre et que même le bonnet et les gants ne suffisent pas à contrer ce froid.

Un peu plus haut se trouve le fort abandonné de Corazda. L’endroit est super pour y passer la nuit, la tempête sévit autour de nous. Quelle joie d’être en camion, nous avons une pensée pour les vadrouilleurs en tente qui ne peuvent pas camper dans ces conditions. Au matin, nous devenons des archéologues type Indiana Jones des temps modernes, à fouiller tous les recoins sombres de la forteresse. Ce n’est pas restauré mais au moins c’est gratuit.

La route qui suit est connue pour ses lacets bien parallèles entre eux. J’ai très envie de voir ça et nous prenons la route avant la tombé de la nuit pour aller jusqu’au Mont Lovcen, parc national. Plus l’on monte et moins il y a de degrés. Détail auquel je n’avais pas songé. La route est super, le panorama impressionnant mais les Celsius tombent. La neige fait son apparition, sur les bas coté ça va, mais lorsqu’elle se joint au gel sur la route ce n’est plus là même préhension. La nuit est arrivée et il fait déjà -1°C, la route devient, à ce qu’on nous a dit pourrie, et absolument pas déneigée. Un complexe touristique sorti de nul part nous sauve un peu la mise, il n’est que 17h et l’on n’a pas de chauffage. Ce sera une excellente découverte. On y a mangé comme des rois pour pas grand chose. La polenta Monténégrine avec son fromage frais sera à retenter à la maison. Quand au cordon bleu, une escalope fourrée au fromage typique de là bas, Oli s’en rappellera, c’était un sacré gros morceau !

Nous repartons au matin, l’état de la route est bien meilleur que ce qu’on nous avait annoncé et comme il y a des travaux elle a été dégagée. Mais pas jusqu’en haut du Mont à 1800m, où se dresse le mausolée du roi Njegos, fondateur de la patrie. C’est donc sur une couche de neige que l’on roule, sans avoir la possibilité de faire 1/2 tour. Les gardes sont forts surpris de nous voir et nous informent que le mausolée est fermé au vu des conditions exceptionnelles. Zut. On fera tout de même la balade dans la neige d’une 30aine de min jusqu’au pied de l’entrée. Et quelle vue. Le Lovcen est à la rencontre de 2 mondes, celui de la montagne et celui de la côte. Depuis le sommet, tout le pays est magique.

Nous redescendons et partons un peu plus loin pour se faire une randonnée et profiter de la nature du lieu. Plus de 1500 espèces animales et végétales se côtoient dans le parc. On s’amusera comme des enfants à essayer de deviner à quelles bestioles appartiennent les traces dans la neige.

C’est quand même avec une chaleureuse motivation que nous quittons le Lovcen pour le lac de Skardar. Il fait la frontière avec l’Albanie et nous le retrouverons aussi de l’autre coté. Ce lac marécageux habite une faune et une flore exceptionnelles, offre des paysages somptueux. Durant plusieurs jours nous nous baladerons sur et hors sentiers. C’est impressionnant de voir qu’il y a eu un passé plus glorieux à cet endroit, plusieurs hôtels standing avec vu sur le lac sont dans un état de décrépitude avancé.

Nous partons finalement vers la capitale, Podgorica, hébergé chez Ayet notre couch surfeur, d’origine Kurde Irakien. La route est étonnante, plus on se rapproche de la grosse ville de 150 000 âmes, plus la densification se fait, mais uniquement accolée à la route, derrière, des champs remplis de déchets plastiques plutôt que de cultures. La ville n’est vraiment pas très belle, il n’y a pas de centre historique, pas de trottoirs, les bâtiments se composent principalement de barres d’immeubles en piteuses états, c’est une cohue mal organisée et un peu oppressante. Nous avons du passer par la poste centrale du pays pour envoyer nos offrandes de noël, je ne critiquerai plus l’administration de chez nous. Un bordel sans nom règne dans le bureau, des personnes viennent et déposent des piles de lettre-colis directement sur les comptoirs. Personne ne parle anglais mais nous nous faisons comprendre tant bien que mal. On a senti un gros flegme dans chaque office, même privé, où nous nous rendions. Pour une fois le couch surfing chez Ayet est un peu étrange. Le 1er jour il part travailler et ne rentre que bien plus tard que ce qu’il nous avait dit, et le 2eme jour il est resté toute la soirée dans sa chambre alors que nous lui avions préparé un repas. Il s’est excusé par message de son attitude somme toute étrange. Cela nous aura quand même permis d’avoir un canapé et une douche dans cette ville de fou.

Le nord du pays semble sublime avec ses lacs et ses montagnes, l’on reviendra à une autre saison!Nous préférons partir vers le sud et l’Albanie. En chemin, nous nous arrêtons aux chutes du Niagara Monténégrines. Le lieu pourrait être très beau, mais ces déchets gâtent le paysage et irritent les yeux. De plus la présence des ferrailles qui sortent de la structure bétonnée qui donne sa forme à la cascade rend l’ensemble artificiel.

Nous avons aimé l’originalité et la beauté du Monténégro. Ce pays où 2 alphabets cohabitent : le latin et le cyrillique. Qui est paradoxalement le 1er pays à avoir inscrit la protection de l’environnement dans sa constitution en 1992, il leur reste un peu de boulot !

[#9] La Croatie, de Zadar à Dubrovnik

Bye bye Paklénica, son environnement sauvage et préservé et bonjour Zadar! Ce qui nous amène dans la 3eme ville du pays est un garage Fiat, le temps est venu de changer la courroie de distribution. Nous dormons à côté du garage pour déposer Pouet Pouet à 7h30. Au doux matin, nous roulons devant une cimenterie aux portes du garage, salopant tout sur et dans Pouet Pouet! Il faut imaginer une bouillie beige bien collante. Pas le temps de nettoyer, nous laissons notre bolide et partons en stop jusqu’à Zadar City, 11km plus loin. Les premières tentatives furent des plus comiques, car les automobilistes ne comprenaient pas forcement ce que signifiait notre pouce en l’air (on a vu des autochtones reproduire notre signe au volant de leur véhicule: Super!). Finalement, on a trouvé une personne à la station essence en se faisant comprendre tant bien que mal car on ne parle pas Croate et il ne parlait que ça…

La vieille ville de Zadar est intéressante. On a beaucoup aimé les vieux chapiteaux romains sculptés qui servaient de soubassement pour la cathédrale… L’Orgue Marine a su totalement nous séduire. Une création génialissime : les vagues chantent. Voici un lien pour plus de détail https://positivr.fr/zadar-orgue-mer-croatie/. Et dommage, on n’a pas vu le miroir coloré en fonctionnement car après seulement 2 ans de service il est déjà en réparation…

Nous retrouvons vers 14h notre cher camion et filons en direction Sibénic. Cette ville n’a de jolie que sa vieille ville au volets verts avec sa grande cathédrale. Malgré leur singularité les villes se ressemblent, nous préférons la diversité de la nature Croate et partons pour le parc National de Krka surtout connu pour ses cascades et ses belles falaises. Elles vont attendre encore un peu, un drôle de bruit est survenu, le moteur a un problème. Au dessus de 50km/h, il n’a plus aucune puissance, déjà qu’en temps normal c’est pas la folie! Après quelques coups de téléphone, on fait 1/2 tour pour Zadar qui est à 2h daller-retour. Le problème est réparé le lendemain en 15min, un tuyaux n’était pas branché (caché derrière la boue ou vengeance?). Ouf ce n’était qu’une petite erreur. Et on retourne à Krka mais par les terres cette fois. Il y a un monde entre la jolie côte Croate et l’intérieur du pays encore ravagé par la guerre. De très nombreuses habitations sont abandonnées et l’on voit encore les impacts de balles dans les murs.

Nous traversons le parc et arrivons sur le site, qui propose aussi une tyrolienne en libre accès. 1150m en 2 longueurs. Oli a justement une poulie pour ce genre de «jeu». Il se lance bravement pendant que je me fais le tour des gorges, le point de retrouvaille est aux voies d’escalade. Ma balade est super. Arrivé au pied des voies, je vois Mister Oli au loin qui boite. Il y avait un obstacle à la fin de la tyrolienne… Pas d’escalade pour nous aujourd’hui. Heureusement il a très vite récupéré le gaillard (et appris une petite leçon).

Le lendemain à l’aéroport de Split, nous récupérons Luc. Un belge Flamand, qui a vu l’annonce de regroupement d’escalade, et qui a eu envie de tenter l’aventure pour 10 jours avec nous. Nous avions donc à cet effet créer une chambre d’ami dans le van (avis aux amateurs!). Après un café, nous filons direct du coté de Brela pour pratiquer des voies «faciles» en tête. Là-haut, nous trouvons une cabane avec table, chaise et un âtre pour le feu. Parfait pour y passer la soirée réchauffés (et enfumés) par notre brasier à discuter et à jouer.

Le 2ème jour, c’est un peu plus loin à Vrulja que nous partons sur un site de petites grandes voies (4 longueurs max) avec notre 1er 6a en tête avec Luc.

Pendant que nous grimpons à la colline de Marjan à Split, Akira, Anoko et Onoka (leur petite de 2ans), les amis Japonais d’Oli avec qui nous avions passé le w.e près de Trieste en Italie, nous ont rejoins. Au programme: de l’escalade, des visites et malheureusement de la pluie!

Le site qui nous aura le plus marqué est celui de Perun, perché en haut de Split, la marche d’approche est en elle seule mémorable. 40min de marches, mais sans escalier, avec un beau dénivelé! Nous sommes aussi retourné dans le parc de Marjan avec une vue imprenable sur la mer. Je n’avais jamais vu autant de merveilleux couchés de soleil avant… Surtout l’après quand l’orange-rouge qui s’étire en bleue métal va se perdre derrière les îles devenues noires alors que la mer est bleue argentée.

Heureusement Split est une très chouette cité avec sa vieille ville, son marché, sa pizzeria underground car la météo a été bien humide par la suite. Mais c’est avec bonne humeur que tout le monde a pris ce déluge. Nous étions tellement habitué à voir des bâtiments vides que lorsque nous sommes retourné dormir près des berges, nous avons été fort surpris de voir que la boite de nuit accueillait des jeunes; eh oui on était vendredi soir.

Nous déposons tout ce beau monde à l’aéroport après des supers moments passés ensemble. Effet super positif du passage de Luc: à partir de maintenant je monte en tête (les voies faciles hein!!).

Attention voici la rubrique des Petites astuces de Radin-Malin : aller là où une île est la plus proche du continent. Nous descendons donc à Marksaka pour gagner quelques Kunas du ferry. Nous abordons sur l’île d’Hvar où pullulent des falaises. Nous allons chez Annie, notre couch surfeuse, même si l’on ne dormira ni se lavera chez elle. Annie vit comme «à l’ancienne», cette américaine de 68ans un peu hors norme, fan de yoga pour mon plus grand plaisir, vit sur son île depuis 15ans, mais depuis peu elle doit quitter le territoire tous les 3 mois. Nous ferons chez elle, dans cette auberge de Couch surfeur, une rencontre qui bouleversera la suite de notre voyage: je nomme Rémy «El Gros» et «La belle» Anaëlle (surtout depuis sa nouvelle coupe de cheveux). Partis depuis plusieurs mois en direction de la Chine, leur moyen de transport est le stop (sauf quand Rémy est trop fatigué ou qu’ils nous rencontrent :). Vous pouvez suivent leur périple sur https://www.tracesmondeetmerveilles.com/

Une belle falaise nommée Suplja Stina est privée, avec entrée payante. On s’est dit que c’était pour l’ouverture de nouvelles voies, donc ok on participe. Pas sure qu’on est bien fait! C’était voies sur voies, genre tous les 80cm mais pas équipé «sérénité» dans les longueurs (j’ai tellement eu peur en tête que je suis redescendue). Heureusement le lieu était magnifique, avec les pieds dans l’eau et encore un p’ti couché de soleil. Pour les autres sites, il y a Milna avec un rocher très abrasif et Vela Stiniva, près d’un mini village portuaire, et sa belle grotte.

Bien dommage pour nous, la météo s’annonce déchaînée pour les prochains jours. Nous fuyons un peu plus vers le sud en embarquant nos 2 alcooliques à bord. Nous les déposerons à Neum en Bosnie avant d’aller en Croatie. Vous avez bien lu. La Bosnie coupe sur une 10aine de km la Croatie. La tempête fait rage plus au nord, La neige nous gèle l’envie d’aller à Sarajevo… On va rester longer notre chaleureuse côte. Prochaine étape: La belle Dubrovnik, ou devrait on l’appeler la ville de Game of thrones? C’est 25 balles le tour les remparts!(A votre avis, on a fait le tour??! Cadeau surprise à la personne qui donne la donne réponse!). Ça faisait longtemps que l’on n’avait pas vu autant de Chinois. La ville forteresse est vraiment très impressionnante mais après avoir fait des zig-zag dans les ruelles et achetés nos légumes au marché, on repart pour des falaises.

Les 2 dernières de Croatie: Zarkovica, où Oli a enchainé un 7a à vue en criant un peu quand même, et Konavle. Alors que j’étais en train d’imaginer ce que l’on pourrait faire ce soir, alors que nous étions en train de nous garer près du dernier site, un énergumène sort de chez lui et l’on entend «Belgium, Belgium I love Belgium! Come at my place, drink a coffee» Il y avait déjà 2 allemands et leurs 2 enfants (3,5 ans et 6 mois). Nous passons un apéro des plus folklo. Notre hôte, un père de famille, marié qui travail, est un croate très accueillant qui aime rencontrer de nouvelles personnes. Tout simplement. Nous les laissons manger en famille après ce super moment complètement inattendu et retrouvons les allemands qui eux aussi sont en van, un Volkswagen T4 (c’est moins grand que le notre), avec la cuisine qui sort à l’extérieur, un grand lit pour 4. Comme quoi tout est possible…

Avant de nous rendre sur le site, on fait une petite balade en empruntant l’ancien tunnel du train reconvertit en itinéraire cycliste, 400m de noir où le gros berger Allemand de notre hôte de la veille a peur et se met a pleurer si on ne l’attend pas. Les chauves souris tapissent le plafond. S’en suit une marche d’approche très paumatoire et nous arrivons au site d’escalade qui est très sympa, avec une belle vue sur l’aéroport. (On voit que ce n’est pas Oli qui parle des sites d’escalades par lesquels nous passons^^).

Nous avons beaucoup apprécié la Croatie. Pèle mêle : On a adoré que lorsqu’on demandait aux Croates s’ils parlaient anglais, la majorité répondait «yes of course» alors que la suite de la conversation prouvait le contraire. Dommage qu’architecturalement parlant ils bétonnent leur côte et abandonnent complètement l’intérieur du pays. On remercie la loi qui interdit de fumer dans les bars chez nous, car qu’est ce que ça pue ici. La sauce rouge «ajvar» est un vrai délice. Et les couchés de soleil n’en parlons plus! Le pays est très faiblement densifié, et sa nature y est fort présente avec son caractère pour notre plus grand plaisir.

Prochain stop au Monténégro…

[#8] Strogir et Paklenica, de la grande voie en veux-tu en voilà !

Alors que Céline et Séb remontent vers le Nord et que nous avons rechargé nos batteries dans les criques de Krk (vive la rime, si vous arrivez à prononcer mon deuxième), nous continuons notre route vers le Sud. Direction le souvent nommé meilleur, plus beau et plus grand site d’escalade du pays : Paklenica.

En chemin, nous nous arrêtons pour profiter des couchers de soleil et faisons halte à Strogir. Eh oui, même si Paklenica est renommé pour son calcaire, ce n’est pas le seul monolith rocheux de la côte offrant des grandes voies farcies aux cannelures et autres prises crochettantes. Sur la route, il y’a pas mal de sites un peu moins connus, avec des marches d’approche plus au moins longues. Nous ne prendrons pas le temps de faire plusieurs arrêts mais dirigeons nos chaussons vers le « Strogir ». En effet, ce rocher est vraisemblablement emblématique dans la région. Érigé comme une grande dent surmontant les montagnes côtières, il a une certaine prestance dans le monde des grimpeurs locaux. L’approche est de 45 minutes de montée, ça permet d’allier rando et escalade ; on aime ça. Et en plus ça fait guise d’échauffement.

On y fera une chouette « petite grande voie » de 120m de haut pour jouir d’une vue exceptionnelle. Encore sur notre fin après cette ascension bien rapide, nous enchaînons par une grande longueur de 75m sur un calcaire tout joli, juste en dessous du Strogir, à l’assaut de sa petite dent jumelle. C’est fait pour le duo du jour, redescente au van en repassant par la fameuse porte des Turcs avant de reprendre la route vers Paklenica où nous arrivons après un énième couché de soleil aux couleurs enchantresses.

Encore une fois, lors de ces moments de route, nous somme content d’être là en basse saison, car même si la côte est un peu morne, que tous les bars, cafés et restaurants affichent portes closes, nous imaginons mal faire la même route en été. Nous ne croisons que très peu de voitures sur cette route qui est la seule parcourant toute la côte, et c’est très agréable. Ici en été, c’est la cohue, les touristes, les camping-cars, les autobus et tout le reste lié à l’activité estivale. Les touristes qui profitent de la Croatie et les croates qui profitent des touristes en gros.

On arrive de nuit à Paklenica, grâce à notre super app Park4Night (quoi on en a pas encore parlé ?! allé j’ai fais un petit article bon plans app : ici) on trouve un super spot au bord de l’eau. Ici on est tellement enfoncé dans un bras de mer protégé par deux rangs successifs d’îles que la surface est aussi calme que celle d’un lac, voir plus. L’eau est limpide et les vagues quasi inexistantes. C’est grandiose la journée mais la magie opère surtout le soir lorsque les « pécheurs aux lumières » viennent faire des aller-retours le long des plages, aussi silencieux que la branche qui se laisse emporter par la rivière, leurs bateaux, tels de grosses pirogues sont armés d’un gros spot à l’avant. Celui-ci permettrait d’attirer les poissons en recherche de lumière… divine ou mortelle. Les pécheurs reviennent tous les soirs et nous jouirons du spectacle au coin d’un feu, avec de nouveaux amis italiens rencontrés par hasard sur le spot, et de leur chien qui nous a fait une peur bleue notre premier soir mais s’est avéré être un beau Border Collie bien sympa, joueur et très utile pour nous apporter du bois pour le feu. Eh oui, son jouet préféré devait être le plus gros possible, bien plus que sa tête en tout cas.
Je m’égare un peu mais pour clore la parenthèse, ces fameux italiens du nord, viennent d’un petit patelin perdu à la limite des Dolomites, qui s’appelle Longomoso, et qui jouit d’une certaine réputation grace à ces pyramides de terre surmontées de gros rochers… ça vous rappelle quelque chose ?! eh oui, c’est bien là qu’on a bivouaqué par le plus grand des hasards en se dirigeant vers les Dolomites, ou ce qu’on pensait être celles-ci en tout cas. Que le monde est petit me direz-vous ! (on en parlait ici).

Paklenica donc. On y a passé quatre jours. A savoir : l’entrée est payante dans le canyon principal. Principal car il y’en a deux : Vala Paklenica et Mala Paklenica. Vive la basse saison encore car l’entrée est moins chère (beaucoup) dans le premier et gratuite dans le deuxième à cette période. Dans tous les cas, des pass pour 3 et 5 jours existent pour faire une bonne affaire. Nous avons donc pris le pack de 3, et profité du 4ème jour pour aller visiter le Mala en rando pure.

Premier jour, première grande voie, on attaque plus au moins soft, enfin c’est ce qu’on pensait. Liliv, un des beauf’s d’Athé nous envoie une sélection de voies, on choisit « Slovenski », 200m 6a+ max. Bonne orientation et petite marche d’approche pour une première dans le canyon, c’est un des contrefort en rive droite qui s’appelle Debeli Kuk. Bon l’échauffement souhaité c’était sans compter les cotations un peu « old school » de l’endroit. Il faut ajouter un bon niveau à chaque cotation des gorges, on l’apprendra à nos dépend et la réputation fera écho dans nos oreilles plusieurs fois par la suite. Dès la deuxième longueur dans un dièdre ultra technique aux positionnements douteux et au prises cachées le ton est donné. On enchaînera tout de même toutes ces belles longueurs pour un sommet plus que mérité, surtout pour Athé qui y aura tenu un combat plus que coriace. Une chose est sûre, la prochaine fois, elle me laissera porter ma bouteille d’eau et prendra des barres céréales à la place d’une salade composée et de son pot de vinaigrette en verre… Note que le festin fut à la hauteur de la voie et un vrai délice en son sommet.

Pour se remettre de nos émotions et se donner une meilleure idée des cotations assez spécifiques au lieu, le lendemain on grimpera des couennes avec nos amis italiens, leur chien et des allemands qui nous prêteront le topo pour qu’on puisse planifier la suite. Le choix n’est pas simple et il nous faudra bien éplucher le roman pour trouver quoi gravir pour notre dernier jour. Athé préfère garder de la marge et j’aimerais finir en apothéose tout de même pour quitter ce lieu sur une note magistrale !

Mais avant ça, pour se reposer les bras et reconstituer un peu de peau avant la grande ascension, on prend notre jour de repos pour aller randonner dans le Mala Paklenica. Ce deuxième canyon est aussi majestueux que le premier et, point positif selon moi, il est beaucoup plus sauvage ! On planifie une boucle qui nous prendra la journée (les jours sont de plus en plus courts…). La gorge commence par un sentier assez bien marqué, au milieu de falaises vertigineuses envahies de végétation, on comprend pourquoi l’escalade est ici moins présente mais également que celle-ci est interdite. Les autorités ont probablement voulu conserver une de ces deux failles terrestres pour y laisser jouir en paix oiseaux, animaux et végétaux. Et c’est plutôt bien comme ça ! Le canyon est magnifique, ses parois s’élèvent de chaque côté remplies de couleurs du gris à l’orange et de toutes les nuances de verts. Après quelques centaines de mètres, le sentier se fait moins évident et il devient plus raide. On découvre une grotte avec des bouteilles qui récoltent le goutte-à-goutte de l’eau filtrée par des milliers de mètres cube de roche. Ensuite, il faut cheminer dans le lit de la rivière, au milieu de gros blocs de roche, suivant le marquage on escalade et saute de l’un à l’autre, toujours en bonne ascension. A la sortie du Canyon, le lit de la rivière (asséchée) nous conduit pendant plusieurs km sur un terrain plus au moins plat avant de remonter par les collines et de descendre via le maquis Croate face à un couché de soleil à nouveau grandiose. Arrivés à la tombée de la nuit, on a failli sortir les frontales mais notre van était encore visible dans la pénombre… peut-être aurait-on du les sortir pour vérifier les piles ce jour-là, à quelques mètres du camion ? …

Dernier jour dans le parc, apothéose ou ecchymose, on jette notre dévolu sur un combiné à l’assaut de l’Anica Kuk, le sommet emblématique du lieu ! Départ via Karabore pour une longueur de chauffe, suite via Svicarski pour une transition vers Domzalski pour rejoindre le sommet du « stup » (aiguille qui sert de contrefort à l’Anica Kuk). On se perd un peu, on double une ou deux longueurs mais on arrive sans peine sur cette arrête qu’on suit sur une soixantaine de mètres jusqu’à une plateforme où deux options s’offrent à nous, la première est Razza Romantike : un 6c « Paklenica » qui nous refroidit tous les deux, Athé de suite à cause du niveau, et moi à la vue des pitons bien rouillés qui l’équipe. La deuxième est d’enchaîner avec Brid za veliki cekic jusqu’au sommet. On choisit donc cette dernière en partant tout d’abord dans une série de traversées en crochet dans des cotations faciles mais avec un super gaz en-dessous de nous ! Pour les néophytes, du « gaz » c’est quand l’impression de vide est franchement forte. On continue ensuite sans trop de peine dans une série de longueurs jusqu’à à arriver sur un plat qui devrait, selon notre topo, être la fin de la voie. On est content, il fait encore bien beau et on se met en quête du chemin de descente. A droite, du vide, à gauche pareil, devant, un rocher raide… on tourne un peu en rond, je m’embarque presque à l’aveugle dans une autre voie avec mes grosses aux pieds mais finalement on reprend le topo pour y voir plus clair et là… sur une autre page, dans un petit encart, on découvre qu’il nous reste trois longueurs avant le haut de la voie… ça explique des choses mais ça flingue un peu le moral aussi avec les doigts de pieds qui crient au martyr et le soleil qui entame sa course vers les profondeurs de la mer adriatique.

On se dépêche un peu et on trace les trois dernières longueurs en passant un peu n’importe où. Enfin en haut ! Petit moment de célébration, mais Athé qui n’a pas l’habitude des retours nocturnes est un peu en pagaye, c’est que le sommet n’est que la moitié de la course y parait. J’arrive tout de même à prendre quelques photos de ce super couché de soleil (encore). Aujourd’hui on est au meilleur endroit pour le voir, vu qu’on est au plus haut.

Le chemin de descente se fait à pied mais pour se faire, il faut crapahuter sur des rochers assez acérés pour d’abord atteindre le véritable sommet de la montagne, avant de redescendre par le versant nord et rejoindre le pied de la voie, puis le bas du canyon est notre maison roulante 600m en contrebas. La nuit tombe et il est temps cette-fois ci de sortir les frontales pour poser les pieds correctement sur ces couteaux de roche. Petite émotion de détresse lorsque celle d’Athé ne s’allume pas.. eh oui on aurait dû les tester ces piles ! Mais pas de soucis, je lui file la mienne et utiliserais la lumière de mon téléphone pour éclairer mes pas. Je suis plus à l’aise sur ce type de terrain et avoir une seule main libre est moins gênant pour moi. La nuit tombe, les étoiles pointent le bout de leur nez, la vue est grandiose et la sérénité revient. On s’arrêtera pour manger un bout, on a pas pris le temps dans la voie. Noir ou noir, c’est pareil de toute manière. Un peu de réconfort lorsqu’on rattrape ensuite une autre cordée d’anglais dans la descente. Ne pas être seul dans la montagne, parfois ça irrite mais souvent ça rassure tout de même. On arrive sans encombre par le sentier qui se fait bien meilleur lorsque le calcaire laisse la place à la terre et aux gravillons.

Retour au camp pour allumer un feu – de joie – et célébrer cette belle journée au sommet de Paklenica, on est monté par la grande scène et redescendu par la sortie des artistes, chapeau bas ! A bientôt pour un rappel sur les planches !

[#7] Le nord de la Croatie : Istria et Krk

Premier poste frontière avec arrêt obligatoire (on est encore dans l’EU mais plus dans l’espace Shengen, ici c’est le Kunas et pas l’Euro), pas de soucis, on montre les documents et on continue vers la Croatie ! Surpris tout de même par les deux contrôles successifs, il faudra s’habituer à d’abord quitter un pays, puis entrer dans le suivant (imaginez-vous une blonde blasée au deuxième guichet, de sa voix grave pas vraiment sensuelle « Slovenia ; Croatia). Va savoir à qui appartient le territoire entre les deux…

Ce pays qui s’étale sur la plus grande partie la côte adriatique a de quoi nous séduire : une côte immense, des îles à perte de vue, des couchers de soleil plus beaux les uns que les autres, le plus gros taux d’ensoleillement de toute l’Europe (argument touristique ou réalité, on est là pour le découvrir) et en plus, c’est un pays qui s’étend de tout son long sur un énorme sol calcaire, de quoi créer des falaises dans tous les coins ! Les Croates l’ont bien compris et ont commencé à ouvrir des voies un peu partout depuis des années – contrairement à leurs voisins. 

Résultat, un énoooorme topo à en faire pâlir la bible par son nombre de pages, par la qualité de ses descriptions (incontestables) et surtout par ses photos en couleur.
Les Croates l’ont bien fait, enfin Boris Cujic en tout cas. Il a dédié sa vie à l’escalade, il a ouvert une chaine de magasins outdoor et arpente les falaises de son pays constamment pour éditer tous les deux ans une nouvelle version de la bible des grimpeurs croates. Quelle bonne idée d’ailleurs de regrouper dans un même ouvrage l’ensemble des secteurs du territoire ; les belges devraient en prendre de la graine je pense ! Seul le site de Paklenica a son propre bouquin, sa grandeur tant en superficie qu’en qualité lui en donne le privilège ; tout comme il méritera son propre article ici.

Bref, nous voilà de l’autre côté de la frontière, direction notre premier site d’escalade : Limski Kanal à proximité de la ville de Rovinj sur la péninsule d’Istria.

Arrivée en mode tempête, on trouve un endroit pour la nuit derrière un van d’allemand. Vous avez déjà eu le mal de mer dans une voiture à l’arrêt ? Non ? Nous non-plus mais c’était pas loin vu la force du vent qui faisait tanguer le van ! Lendemain, soulagé, le vent est tombé et nous voilà à grimper sur un site pas mal fréquenté le long d’un (du ?) Fjord croate. La vue est superbe, le soleil réchauffe et les voies sont belles et longues. On y passera deux jours de superbe escalade pour découvrir les différents secteurs, et ce avec nos nouveaux amis allemands croisés par hasard au début, et par dessein ensuite.

On prend la route vers Rijeka et les sites de grimpe de l’Est de la péninsule. C’est là que nous rejoignent Séb et Céline, des copains de Stone Age (la salle d’escalade où j’avais mes quartiers à Bruxelles) qui voulaient faire un road-trip et en profitent du coup pour venir prendre l’apéro dans le Sud !

Après un bon repas, on les emmène direct en mode bivouac sur le plus haut plateau des environs, il fait un peu frisquet mais la vue est belle ! Eux en mode tente et nous dans le camion comme d’hab. Ce sera notre quotidien pour les quelques jours qui viennent.

Premier site à découvrir ensemble : Vela Draga, c’est majeur et c’est un des premiers sites de Croatie, on est dans un canyon immense qui offre des falaises super raides et impressionnantes au nord (mais mouillées et peu accessibles) et plein de petits secteurs pas mal intéressants au soleil, entre parois raides, arrêtes et tourelles de roc, on a de quoi s’amuser dans des cotations à prendre au sérieux tout de même !

Journée suivante, site suivant, retour vers la mer pour des voies au-dessus des vagues. Le cadre est magique, par contre ici c’est beaucoup plus aventure, tant au niveau de l’approche que des longueurs. Je vous passe l’échec cuisant de la descente à pied avec le bruit des pierres qui se décrochent et finissent leurs courses folles dans la mer après avoir fracassé la forêt pendant 200m, la descente en rappel tout en finesse et en bout de corde, le pied des falaises dans une pente herbacée de 40°, le passage entre les secteurs plein gaz sur cordes fixes un peu usées, le beau plomb que j’ai pris avec une prise qui s’est dérobée et la remontée par ce « sympa 6a bien long » qui s’est révélé être un mix entre Indiana Jones pour la jungle et la Cobra Crack pour les pas… à bah en fait non, je vous ai tout dit !

La météo refroidit et on décide de continuer un peu vers le Sud, direction l’île de Krk, eh oui les voyelles par ici c’est un peu comme le flamand à Bruxelles, on sait que ça existe mais on ne l’utilise pas tellement. Traversée d’un tout grand pont (payant, il faut toujours payer pour arriver sur une île dans ce pays) et puis le long de La grand route de l’île jusqu’au site de Portafortuna. On est au centre de l’ile (dans sa partie nord), à quelques kilomètres de Baska qu’on aperçoit au loin. Pas les pieds dans la mer du coup mais à l’intérieur de cette grande vallée entourées de plateaux arides qui forment la géographie de la plus grande île de Croatie. N’empêche que les voies sont majeures, les premières dalles de chauffe sur un beau rocher gris suivies de plus athlétiques dans de belles formations rocheuses. Le must reste pour moi ce super 6c déversant qui monte en plein milieu d’une face sculptée à souhait, notamment de ces fameux « nid d’abeilles » qui sont splendides à grimper, rappelle le Cap Canaille près de Cassis et offrent de belles préhensions. Ceci-dit, leur petit nom n’était pas ici que descriptif puisque les abeilles volaient bien tout autour de moi pendant l’ascension, mais bien sages, le vrai nid devait être un peu plus loin. Ouf.

Il est déjà temps pour Séb et Céline de reprendre la route vers le Nord, en repassant par Innsbruck, leur coup de cœur du trajet. Je ne serais pas étonné s’ils m’annoncent un jour déménager par-là !

De notre côté, on prend un ou deux jours de repos-rando à se promener sur les bords de l’île, à visiter les quelques patelins et à profiter des paysages, et même à s’oser une baignade dans la Méditerranée en plein mois de Novembre !

[#6] Entrée dans les pays Slaves: Bonjour la Slovénie

Grâce à ma collègue BiBi, qui est passée par là cet été, j’avais une folle envie de découvrir ce pays et ses paysages, plus enchanteurs les uns que les autres. La Slovénie est un pays très peu peuplé, avec beaucoup de forêt et de montagne. Les prix sont à peine moins cher qu’en France alors que les salaire moyens sont autour de 800euros (selon nos sources).

C’est en quittant l’Italie par cette belle région que sont les Dolomites, que l’on entre dans l’un des pays de l’ex-Yougoslavie ( lien wiki ) . Nous arrivons par le nord-ouest, et la première impression est très rurale. Le sommet de la Slovénie, le Triglav qui culmine à 2864 mètres, est tout proche. Ici tu deviens «vrai» Slovène que si tu as gravi le Triglav! Oli est encore chaud pour essayer de faire Tous les sommets de Tous les pays traversés. Nonobstant la montée est longue, et la météo n’est pas clémente. Soit mes mollets doivent encaisser 2000m de dénivelé positif avec potentiellement de la neige, soit on peut le tenter sur 2 jours avec nuit en refuge d’hiver. Dans le 1er cas, il a été dur d’accepter mes limites, mais nope je ne suis pas «encore» un cabri et dans le 2ème cas notre équipement de nous permet pas de dormir dans des conditions hivernales…
Bref c’est la fin des sommets (Ouf!).

Mais la Slovénie ce n’est pas qu’une montagne, elle est surtout connue pour ses lacs. Bled, nous voila. Ce lac est artificiellement très beau mais aussi très touristique. On en fait vite le tour avant que notre stationnement ne devienne payant^^ Et puis on se casse!
Le lieu vaut le détour, vraiment, ce lac encaissé dans ce paysage montagneux, avec au centre du lac une toute petite mignonne île. Et au centre de cette île une église (Toute payante bien sur). C’est somptueux.

A 40km plus au Sud-Ouest, nous attend Bohinj, ses voies d’escalade et Nina, notre couch surfeuse. Pour faire simple, le couch surfing permet d’être hébergé gratuitement (et/ou d’héberger) et de rencontrer des personnes (souvent sympas et ouvertes d’esprit!). J’aime terriblement ce principe de confiance qui se met en place entre des inconnus. J’avais donc mis notre voyage en mode public et Nina nous a contacté pour nous propose d’aller boire un verre et une douche (le saint Graal!). On a été quelque peu surpris car elle ne ressemblait pas vraiment à ses photos de profil et était beaucoup plus sympathique que celles-ci nous laissaient croire (bouche en cul de poule bonjour!). Le 2ème verre a été partagé avec ses amis ( la 20aine comme elle). Tous parlent bien anglais (comme beaucoup dans le pays) même s’ils ne sont pas très motivés pour parler la langue de Shakespeare, ni pour grand chose d’ailleurs (le tout en critiquant les français qui ne font pas l’effort de parler un autre idiome ^^). Je ne sais pas s’ils sont représentatifs du pays, mais on nous a conté un certain démoralisme ambiant. Suite à la chute du communisme, les pays de l’ex-Yougoslavie ont été propulsés dans le capitalisme sans aide transitoire, et ce seraient retrouvés un peu perplexes face à la situation.

Nous allons dormir au lac près de la ville. Naturel cette fois, il abrite les eaux les plus profondes du pays avec 45mètres de fond, contenant une faune et flore exceptionnelles.

Mais il y a encore mieux que le lac dans les environs, des falaises! Nous manquons juste d’un tout petit élément: le topo. Introuvable sur les internets. Nous partons en quêtes de voies et de grimpeurs. 1er site Nomenj n’a rien de concluant, il n’est pas «majeur» et l’on ne s’y attarde pas. Le 2ème site Bitnje est fourni d’un panneau avec les voies et de grimpeurs. Mais ils ont bien compris, à 13h tout le monde est parti alors que nous venions juste d’arriver. La chaleur d’octobre! On a profité du site et bien transpiré! Car même si les températures ne sont pas caniculaires, la roche garde la chaleur et protège aussi du vent.

Nous avons obtenu les images du topo du site de Pec dans l’agence de tourisme du coin. Chouette grimpe avec au top vue sur le lac entouré de montagnes.

Nous quittons le nord, sans passer par Ljubljana mais en prenant la magnifique petite route des montagnes, nous arrivons à Idrija et ses mines de mercure. Elle fut la 2eme mine productrice de mercure mondiale. La ville, ainsi que de son travail sur la dentelle, en tirera une grosse richesse. D’où une architecture étonnante. Elle est aussi connue pour ses raviolis – žlikrofi – fourrés à la pomme de terre et au persil. Miami. J’ai beaucoup aimé la visite de la mine, même si l’on ne descend que dans une partie infinitésimale (la mine fait 700km sur 400m de profondeur!), grâce à des mises en scène audio et de fumé on peut s’imaginer la dure vie de mineur.

Suite à une belle erreur de gps de notre part (le parc naturel et les grottes ont le même nom mais sont à 45 min de distance) nous nous retrouvons aux grottes de Škocjan. En Slovénie, il y a 2 grosses grottes très connues, très touristiques, et très chères : Postojna et Škocjan. Donc tant pis pour la belle rando que je nous avais trouvée dans le parc national, bonjour les grottes . Mais les 25euros demandés (chacun) nous on vraiment refroidis, surtout qu’Oli les a déjà visitées. Le tour du cratère est très beau aussi. Nous y retrouvons «t’es où Loulou»(c’est leur blog), un couple de Français avec leur enfant de 8ans partis en camion pour aller jusqu’en Mongolie… Nous les recroiserons plusieurs fois durant notre périple.

Notre prochaine étape est Osp, probablement le plus beau site d’escalade de Slovénie. Nous y allons pour rejoindre Naoko et Akira, des amis Japonnais d’Oli, ainsi que leurs amis Allemands. Il y a 2 sites côte à côte et comme ils ne répondent plus, nous tentons de les retrouver au site le plus près. Ses falaises déversantes sont impressionnantes, ainsi que le niveau des voies. Dommage ils ne sont pas là mais quitte à ce que nous y soyons autant grimper ou presque … Dans la partie majeure, la voie de chauffe est un 6c, patinée qui plus est. Autant dire que je ne fais qu’assurer en étant stupéfaite par le nombre d’athlètes présents (on se serait cru en salle) et par leurs niveaux. J’ai beaucoup aimé la parité sur le site, autant de femmes que d’hommes. C’est encourageant pour moi:-)

Finalement nous nous rejoignons à l’auberge au pied des voies à l’ambiance «grimpeur», très reconnaissable par des personnes buvant leur bière XX avec encore le baudrier aux fesses. Nous passons une agréable soirée à Trieste, en Italie, à manger des pizzas. On note la facilité avec laquelle on passe les frontières, ce ne sera plus la même par la suite. La journée de pluie nous fait rester à Trieste et profiter d’une bonne soirée tous ensemble.

Avant de partir découvrir la Croatie, nous nous arrêtons bivouaquer à Črni Kal en haut d’une colline, avec comme d’hab une super vue et donne sur 3 pays : Slovénie, Italie et Croatie. Les pitites voies sont à l’ombre et le vent nous pousse à faire une balade à travers champs.

[#4] Imst et Innsbruck au cœur du Tyrol autrichien

Bienvenue dans le Tyrol autrichien, notre route nous menant finalement vers l’Est à travers l’Autriche. En cherchant notre chemin, deux villes attirent mon attention sur la carte. Il s’agit d’Imst et d’Innsbruck, toutes deux accueillants une manche de la coupe du monde d’escalade ( IFSC, international federation of sport climbing) tous les deux ans. 

Le renom de ces deux cités nichées entre les hautes montagnes des alpes orientales s’explique dû à leurs impressionnantes structures artificielles offrant de superbes outils pour les compétitions internationales et des photos bluffantes au milieu des montagnes, c’est ça qui m’a fait m’en souvenir. 

Nous voilà donc en route vers Imst, où on ira voir le mur d’escalade extérieur du centre sportif mais ce sont les montagnes environnantes qui nous attireront le plus. Tout d’abord du côté d’Hocht-Imst, petite station de ski peu fréquentée en cette saison mais qui bénéficie, en plus d’un superbe panorama sur la région, d’un grand nombre de falaises. C’est le site de Reithle qui retient notre attention, de beaux petits rochers au milieu d’une forêt verdoyante. On grimpe mi-bloc mi-voie sur divers rock dispersés dans les bois, maximum 8 mètres mais bien costaud dans les niveaux ! Tout est au sud et facilement accessible, parfait pour la saison. Ceci dit en plein été, il y’a bien plus à explorer plus haut !

Petite astuce si vous voulez grimper/randonner/faire des via-ferratas/etc dans le coin, un site et une appli assez bien foutus renseignant tous les itinéraires et topos de la région (site bilingue mais appli uniquement en allemand) : https://www.climbers-paradise.com

Depuis notre site de bivouac, et depuis la route qui nous a mené vers Imst, on ne peut s’empêcher d’admirer une pointe se dessinant dans le ciel en face de nous, ce sommet nous attire et nous appelle. C’est ainsi que le soir même nous décidons de dormir au pied du Tschirgrant et de le gravir dès le lendemain ! 

Un super sommet qui culmine à 2370m d’altitude, qui peut se gravir en effectuant une boucle depuis le refuge Karröster Alm accessible en voiture. C’est un peu moins de 1000 mètres de dénivelés sur des sentiers magnifiques, surtout la fin le long de la crête sommitale. Le sommet n’est en effet pas une véritable pointe mais la fin d’une longue colonne vertébrale s’élevant depuis Motz jusqu’à Imst. Une vue sur toutes les vallées environnantes jusqu’à notre prochaine destination : Innsbruck !

Après ce beau sommet direction la capitale du Tyrol Autrichien : Innsbruck ! Une ville d’une autre ampleur que celle que nous avons quitté et après une route parsemée de petits hameaux et de prés de vaches nous arrivons à cette cité riche en patrimoine datant de l’Empire des Habsbourg. Son symbole est ce petit toit en tuiles de cuivres dorées qui fait la fierté de la ville mais qu’on a pas trouvé plus exceptionnel que les toitures surmontant les colombages des maisons de la Petite France à Strasboug. La ville cependant est sympa et on peut y trouver, parmi d’autres enseignes de tout genre, un magasin Swarovski qui fait le bonheur des touristes chinois et de ses gérants du même coup j’imagine. 

C’est bien beau le centre ville mais le bâtiment le plus exceptionnel à mes yeux réside un peu en périphérie, il s’agit bien sur du « SillSide » ou encore « Kletterzentrum Innsbruck » ; eh oui cette nouvelle « salle » ou plutôt ce nouveau complexe dédié à l’escalade sous toutes ses formes est vraiment impressionnant et inspirant ! Construit en 2016 ou 2017, et donc tout neuf, c’est la plus grande salle d’escalade construite en une fois au monde ! Plus de 5000m² de grimpe, avec 500 voies et 200 blocs ; bref c’est du lourd ! 

Ici on a des voies, du bloc et de la vitesse en intérieur, histoire
de s’abriter les soirs et en hiver, et en extérieur, pour profiter de la météo et de l’environnement montagneux. A l’intérieur on trouve aussi une salle de muscu, une zone enfant et un café avec vue sur les grimpeurs. Un super endroit pour passer une grosse journée d’escalade ! Le ticket est un peu cher (13.5€) mais valable toute la journée, avec sorties possibles du centre. Pourquoi ne pas faire une session le matin et une le soir pour profiter des différents espaces ?
De notre côté on a bien profité du bar et du wifi, puis du mur intérieur pour s’échauffer avant d’aller se dorer au soleil à l’extérieur ! Très bien ouvert avec des voies dans tous les niveaux c’est une salle qui est conçue pour être adaptée à l’aire de l’escalade 2.0. On trouve ici de tout pour les grimpeurs occasionnels jusqu’au pros, et le must, c’est cette esplanade qui offre un espace pour les spectateurs des compets hauts niveau face à un mur vraiment grandiose ! 
Bref, j’ai été conquis, ce qui explique cette entorse qui nous a fait grimper sur de la résine après trois mois de cailloux ! 
Il faut dire aussi que le site le plus proche en vrai rocher est celui de la Martinswand, non pas le Granit de celle des Vosges mais bien cette grande barre de calcaire bien poli face à l’autoroute ; c’est bien rare, mais sincèrement, la salle d’escalade nous a donné plus envie d’enfiler nos chaussons ! Et point positif et déterminant pour nous, celle-ci avait des douches chaudes… 

On a quand même fini notre séjour dans la région en faisant la via ferrata de l’empereur « Kaiser Max Klettersteig », beau panorama mais vraiment vraiment patinée, il faut tirer sur les « cables » qui sont en fait des tiges rigides pour parcourir les dernières sections bien physiques, s’élevant au-dessus de la route avec encore le bruit des camions bien présent. Sympa mais sans plus, d’autant que le retour oblige a marcher sur la route après avoir surplombé une carrière en exploitation. 

En conclusion, un très chouette passage dans une région qui offre au grimpeur et au montagnard de quoi s’amuser, autant en altitude qu’au plancher des vaches grace aux complexes impressionnants que les Autrichiens ont acquis ! Pas étonnant avec des outils pareils qu’on ait retrouvé cette année (2018) deux autrichiens sur les premières places des podiums d’escalade de difficulté des championnats du monde (Jakob Schubert chez les hommes et Jessica Pilz chez les femmes).