[#10] Voyage au Monténégro où littéralement le pays de la montagne noire

La route qui mène à Kotor est apparemment sublime, elle longe l’embouchure et au milieu 2 îles, dont l’une abrite un monastère bénédictin, et en arrière plan des montagnes. Dommage pour nous, la pluie tombe drue et l’on ne voit pas à 20 mètres. Chaque nouveau pays amène son lot d’excitation, nous partons à la conquête d’un distributeur de monnaie local. Nous n’avons aucune idée de la devise mais comme le Monténégro ne fait pas partie de l’Union Européenne, on se dit qu’il n’y a aucune chance pour qu’il ait l’euro. Quelle surprise de voir que l’ATM ne propose que ça. Logique imparable, la Croatie qui est membre utilise le Kuna alors que le Monténégro qui est rebuté à chaque fois de l’U.E utilise l’Euro… On avouera que c’est plus facile pour compter. On est content de voir que les prix descendent un peu par rapport à chez nous. A quoi nous servirait cet argent si ce n’est pour manger ? Première découverte culinaire, un burek (sorte de tarte feuilletée) fourré à la patate. Efficace.

Les bouches de Kotor sont très réputées et attirent de nombreux touristes. A raison, une fois le soleil revenu, c’est avec notre Ami Sasa, rencontré grâce à couch surfing, que nous partons à l’assaut de la ville. Les remparts sont immenses et courent le long de la montagne. Plaisir de l’hiver l’entrée est gratuite. Heureusement vu l’entretien du lieu on se demande se qu’ils font avec l’argent. Il ne reste que des grosses ruines, sans panneaux indicatifs, des déchets dans tous les recoins, avec des arbustes plasticus, espèce endémique des Balkans. Néanmoins le lieu est incroyable, il est assez fun de faire la boucle, en passant par la zone de droite qui clairement n’est pas très pratiquée et ressemble à une jungle.

Le site d’escalade de Kotor est un beau site en haut de la ville, dans un cirque avec 3 parties : de la dalle facile, du dévers sur colo et une belle grotte bien cotée. Le chemin d’accès est raide et fait son travail d’échauffement. Dommage c’est qu’une fois en haut, les voies sont à l’ombre et que même le bonnet et les gants ne suffisent pas à contrer ce froid.

Un peu plus haut se trouve le fort abandonné de Corazda. L’endroit est super pour y passer la nuit, la tempête sévit autour de nous. Quelle joie d’être en camion, nous avons une pensée pour les vadrouilleurs en tente qui ne peuvent pas camper dans ces conditions. Au matin, nous devenons des archéologues type Indiana Jones des temps modernes, à fouiller tous les recoins sombres de la forteresse. Ce n’est pas restauré mais au moins c’est gratuit.

La route qui suit est connue pour ses lacets bien parallèles entre eux. J’ai très envie de voir ça et nous prenons la route avant la tombé de la nuit pour aller jusqu’au Mont Lovcen, parc national. Plus l’on monte et moins il y a de degrés. Détail auquel je n’avais pas songé. La route est super, le panorama impressionnant mais les Celsius tombent. La neige fait son apparition, sur les bas coté ça va, mais lorsqu’elle se joint au gel sur la route ce n’est plus là même préhension. La nuit est arrivée et il fait déjà -1°C, la route devient, à ce qu’on nous a dit pourrie, et absolument pas déneigée. Un complexe touristique sorti de nul part nous sauve un peu la mise, il n’est que 17h et l’on n’a pas de chauffage. Ce sera une excellente découverte. On y a mangé comme des rois pour pas grand chose. La polenta Monténégrine avec son fromage frais sera à retenter à la maison. Quand au cordon bleu, une escalope fourrée au fromage typique de là bas, Oli s’en rappellera, c’était un sacré gros morceau !

Nous repartons au matin, l’état de la route est bien meilleur que ce qu’on nous avait annoncé et comme il y a des travaux elle a été dégagée. Mais pas jusqu’en haut du Mont à 1800m, où se dresse le mausolée du roi Njegos, fondateur de la patrie. C’est donc sur une couche de neige que l’on roule, sans avoir la possibilité de faire 1/2 tour. Les gardes sont forts surpris de nous voir et nous informent que le mausolée est fermé au vu des conditions exceptionnelles. Zut. On fera tout de même la balade dans la neige d’une 30aine de min jusqu’au pied de l’entrée. Et quelle vue. Le Lovcen est à la rencontre de 2 mondes, celui de la montagne et celui de la côte. Depuis le sommet, tout le pays est magique.

Nous redescendons et partons un peu plus loin pour se faire une randonnée et profiter de la nature du lieu. Plus de 1500 espèces animales et végétales se côtoient dans le parc. On s’amusera comme des enfants à essayer de deviner à quelles bestioles appartiennent les traces dans la neige.

C’est quand même avec une chaleureuse motivation que nous quittons le Lovcen pour le lac de Skardar. Il fait la frontière avec l’Albanie et nous le retrouverons aussi de l’autre coté. Ce lac marécageux habite une faune et une flore exceptionnelles, offre des paysages somptueux. Durant plusieurs jours nous nous baladerons sur et hors sentiers. C’est impressionnant de voir qu’il y a eu un passé plus glorieux à cet endroit, plusieurs hôtels standing avec vu sur le lac sont dans un état de décrépitude avancé.

Nous partons finalement vers la capitale, Podgorica, hébergé chez Ayet notre couch surfeur, d’origine Kurde Irakien. La route est étonnante, plus on se rapproche de la grosse ville de 150 000 âmes, plus la densification se fait, mais uniquement accolée à la route, derrière, des champs remplis de déchets plastiques plutôt que de cultures. La ville n’est vraiment pas très belle, il n’y a pas de centre historique, pas de trottoirs, les bâtiments se composent principalement de barres d’immeubles en piteuses états, c’est une cohue mal organisée et un peu oppressante. Nous avons du passer par la poste centrale du pays pour envoyer nos offrandes de noël, je ne critiquerai plus l’administration de chez nous. Un bordel sans nom règne dans le bureau, des personnes viennent et déposent des piles de lettre-colis directement sur les comptoirs. Personne ne parle anglais mais nous nous faisons comprendre tant bien que mal. On a senti un gros flegme dans chaque office, même privé, où nous nous rendions. Pour une fois le couch surfing chez Ayet est un peu étrange. Le 1er jour il part travailler et ne rentre que bien plus tard que ce qu’il nous avait dit, et le 2eme jour il est resté toute la soirée dans sa chambre alors que nous lui avions préparé un repas. Il s’est excusé par message de son attitude somme toute étrange. Cela nous aura quand même permis d’avoir un canapé et une douche dans cette ville de fou.

Le nord du pays semble sublime avec ses lacs et ses montagnes, l’on reviendra à une autre saison!Nous préférons partir vers le sud et l’Albanie. En chemin, nous nous arrêtons aux chutes du Niagara Monténégrines. Le lieu pourrait être très beau, mais ces déchets gâtent le paysage et irritent les yeux. De plus la présence des ferrailles qui sortent de la structure bétonnée qui donne sa forme à la cascade rend l’ensemble artificiel.

Nous avons aimé l’originalité et la beauté du Monténégro. Ce pays où 2 alphabets cohabitent : le latin et le cyrillique. Qui est paradoxalement le 1er pays à avoir inscrit la protection de l’environnement dans sa constitution en 1992, il leur reste un peu de boulot !

[#9] La Croatie, de Zadar à Dubrovnik

Bye bye Paklénica, son environnement sauvage et préservé et bonjour Zadar! Ce qui nous amène dans la 3eme ville du pays est un garage Fiat, le temps est venu de changer la courroie de distribution. Nous dormons à côté du garage pour déposer Pouet Pouet à 7h30. Au doux matin, nous roulons devant une cimenterie aux portes du garage, salopant tout sur et dans Pouet Pouet! Il faut imaginer une bouillie beige bien collante. Pas le temps de nettoyer, nous laissons notre bolide et partons en stop jusqu’à Zadar City, 11km plus loin. Les premières tentatives furent des plus comiques, car les automobilistes ne comprenaient pas forcement ce que signifiait notre pouce en l’air (on a vu des autochtones reproduire notre signe au volant de leur véhicule: Super!). Finalement, on a trouvé une personne à la station essence en se faisant comprendre tant bien que mal car on ne parle pas Croate et il ne parlait que ça…

La vieille ville de Zadar est intéressante. On a beaucoup aimé les vieux chapiteaux romains sculptés qui servaient de soubassement pour la cathédrale… L’Orgue Marine a su totalement nous séduire. Une création génialissime : les vagues chantent. Voici un lien pour plus de détail https://positivr.fr/zadar-orgue-mer-croatie/. Et dommage, on n’a pas vu le miroir coloré en fonctionnement car après seulement 2 ans de service il est déjà en réparation…

Nous retrouvons vers 14h notre cher camion et filons en direction Sibénic. Cette ville n’a de jolie que sa vieille ville au volets verts avec sa grande cathédrale. Malgré leur singularité les villes se ressemblent, nous préférons la diversité de la nature Croate et partons pour le parc National de Krka surtout connu pour ses cascades et ses belles falaises. Elles vont attendre encore un peu, un drôle de bruit est survenu, le moteur a un problème. Au dessus de 50km/h, il n’a plus aucune puissance, déjà qu’en temps normal c’est pas la folie! Après quelques coups de téléphone, on fait 1/2 tour pour Zadar qui est à 2h daller-retour. Le problème est réparé le lendemain en 15min, un tuyaux n’était pas branché (caché derrière la boue ou vengeance?). Ouf ce n’était qu’une petite erreur. Et on retourne à Krka mais par les terres cette fois. Il y a un monde entre la jolie côte Croate et l’intérieur du pays encore ravagé par la guerre. De très nombreuses habitations sont abandonnées et l’on voit encore les impacts de balles dans les murs.

Nous traversons le parc et arrivons sur le site, qui propose aussi une tyrolienne en libre accès. 1150m en 2 longueurs. Oli a justement une poulie pour ce genre de «jeu». Il se lance bravement pendant que je me fais le tour des gorges, le point de retrouvaille est aux voies d’escalade. Ma balade est super. Arrivé au pied des voies, je vois Mister Oli au loin qui boite. Il y avait un obstacle à la fin de la tyrolienne… Pas d’escalade pour nous aujourd’hui. Heureusement il a très vite récupéré le gaillard (et appris une petite leçon).

Le lendemain à l’aéroport de Split, nous récupérons Luc. Un belge Flamand, qui a vu l’annonce de regroupement d’escalade, et qui a eu envie de tenter l’aventure pour 10 jours avec nous. Nous avions donc à cet effet créer une chambre d’ami dans le van (avis aux amateurs!). Après un café, nous filons direct du coté de Brela pour pratiquer des voies «faciles» en tête. Là-haut, nous trouvons une cabane avec table, chaise et un âtre pour le feu. Parfait pour y passer la soirée réchauffés (et enfumés) par notre brasier à discuter et à jouer.

Le 2ème jour, c’est un peu plus loin à Vrulja que nous partons sur un site de petites grandes voies (4 longueurs max) avec notre 1er 6a en tête avec Luc.

Pendant que nous grimpons à la colline de Marjan à Split, Akira, Anoko et Onoka (leur petite de 2ans), les amis Japonais d’Oli avec qui nous avions passé le w.e près de Trieste en Italie, nous ont rejoins. Au programme: de l’escalade, des visites et malheureusement de la pluie!

Le site qui nous aura le plus marqué est celui de Perun, perché en haut de Split, la marche d’approche est en elle seule mémorable. 40min de marches, mais sans escalier, avec un beau dénivelé! Nous sommes aussi retourné dans le parc de Marjan avec une vue imprenable sur la mer. Je n’avais jamais vu autant de merveilleux couchés de soleil avant… Surtout l’après quand l’orange-rouge qui s’étire en bleue métal va se perdre derrière les îles devenues noires alors que la mer est bleue argentée.

Heureusement Split est une très chouette cité avec sa vieille ville, son marché, sa pizzeria underground car la météo a été bien humide par la suite. Mais c’est avec bonne humeur que tout le monde a pris ce déluge. Nous étions tellement habitué à voir des bâtiments vides que lorsque nous sommes retourné dormir près des berges, nous avons été fort surpris de voir que la boite de nuit accueillait des jeunes; eh oui on était vendredi soir.

Nous déposons tout ce beau monde à l’aéroport après des supers moments passés ensemble. Effet super positif du passage de Luc: à partir de maintenant je monte en tête (les voies faciles hein!!).

Attention voici la rubrique des Petites astuces de Radin-Malin : aller là où une île est la plus proche du continent. Nous descendons donc à Marksaka pour gagner quelques Kunas du ferry. Nous abordons sur l’île d’Hvar où pullulent des falaises. Nous allons chez Annie, notre couch surfeuse, même si l’on ne dormira ni se lavera chez elle. Annie vit comme «à l’ancienne», cette américaine de 68ans un peu hors norme, fan de yoga pour mon plus grand plaisir, vit sur son île depuis 15ans, mais depuis peu elle doit quitter le territoire tous les 3 mois. Nous ferons chez elle, dans cette auberge de Couch surfeur, une rencontre qui bouleversera la suite de notre voyage: je nomme Rémy «El Gros» et «La belle» Anaëlle (surtout depuis sa nouvelle coupe de cheveux). Partis depuis plusieurs mois en direction de la Chine, leur moyen de transport est le stop (sauf quand Rémy est trop fatigué ou qu’ils nous rencontrent :). Vous pouvez suivent leur périple sur https://www.tracesmondeetmerveilles.com/

Une belle falaise nommée Suplja Stina est privée, avec entrée payante. On s’est dit que c’était pour l’ouverture de nouvelles voies, donc ok on participe. Pas sure qu’on est bien fait! C’était voies sur voies, genre tous les 80cm mais pas équipé «sérénité» dans les longueurs (j’ai tellement eu peur en tête que je suis redescendue). Heureusement le lieu était magnifique, avec les pieds dans l’eau et encore un p’ti couché de soleil. Pour les autres sites, il y a Milna avec un rocher très abrasif et Vela Stiniva, près d’un mini village portuaire, et sa belle grotte.

Bien dommage pour nous, la météo s’annonce déchaînée pour les prochains jours. Nous fuyons un peu plus vers le sud en embarquant nos 2 alcooliques à bord. Nous les déposerons à Neum en Bosnie avant d’aller en Croatie. Vous avez bien lu. La Bosnie coupe sur une 10aine de km la Croatie. La tempête fait rage plus au nord, La neige nous gèle l’envie d’aller à Sarajevo… On va rester longer notre chaleureuse côte. Prochaine étape: La belle Dubrovnik, ou devrait on l’appeler la ville de Game of thrones? C’est 25 balles le tour les remparts!(A votre avis, on a fait le tour??! Cadeau surprise à la personne qui donne la donne réponse!). Ça faisait longtemps que l’on n’avait pas vu autant de Chinois. La ville forteresse est vraiment très impressionnante mais après avoir fait des zig-zag dans les ruelles et achetés nos légumes au marché, on repart pour des falaises.

Les 2 dernières de Croatie: Zarkovica, où Oli a enchainé un 7a à vue en criant un peu quand même, et Konavle. Alors que j’étais en train d’imaginer ce que l’on pourrait faire ce soir, alors que nous étions en train de nous garer près du dernier site, un énergumène sort de chez lui et l’on entend «Belgium, Belgium I love Belgium! Come at my place, drink a coffee» Il y avait déjà 2 allemands et leurs 2 enfants (3,5 ans et 6 mois). Nous passons un apéro des plus folklo. Notre hôte, un père de famille, marié qui travail, est un croate très accueillant qui aime rencontrer de nouvelles personnes. Tout simplement. Nous les laissons manger en famille après ce super moment complètement inattendu et retrouvons les allemands qui eux aussi sont en van, un Volkswagen T4 (c’est moins grand que le notre), avec la cuisine qui sort à l’extérieur, un grand lit pour 4. Comme quoi tout est possible…

Avant de nous rendre sur le site, on fait une petite balade en empruntant l’ancien tunnel du train reconvertit en itinéraire cycliste, 400m de noir où le gros berger Allemand de notre hôte de la veille a peur et se met a pleurer si on ne l’attend pas. Les chauves souris tapissent le plafond. S’en suit une marche d’approche très paumatoire et nous arrivons au site d’escalade qui est très sympa, avec une belle vue sur l’aéroport. (On voit que ce n’est pas Oli qui parle des sites d’escalades par lesquels nous passons^^).

Nous avons beaucoup apprécié la Croatie. Pèle mêle : On a adoré que lorsqu’on demandait aux Croates s’ils parlaient anglais, la majorité répondait «yes of course» alors que la suite de la conversation prouvait le contraire. Dommage qu’architecturalement parlant ils bétonnent leur côte et abandonnent complètement l’intérieur du pays. On remercie la loi qui interdit de fumer dans les bars chez nous, car qu’est ce que ça pue ici. La sauce rouge «ajvar» est un vrai délice. Et les couchés de soleil n’en parlons plus! Le pays est très faiblement densifié, et sa nature y est fort présente avec son caractère pour notre plus grand plaisir.

Prochain stop au Monténégro…

[#8] Strogir et Paklenica, de la grande voie en veux-tu en voilà !

Alors que Céline et Séb remontent vers le Nord et que nous avons rechargé nos batteries dans les criques de Krk (vive la rime, si vous arrivez à prononcer mon deuxième), nous continuons notre route vers le Sud. Direction le souvent nommé meilleur, plus beau et plus grand site d’escalade du pays : Paklenica.

En chemin, nous nous arrêtons pour profiter des couchers de soleil et faisons halte à Strogir. Eh oui, même si Paklenica est renommé pour son calcaire, ce n’est pas le seul monolith rocheux de la côte offrant des grandes voies farcies aux cannelures et autres prises crochettantes. Sur la route, il y’a pas mal de sites un peu moins connus, avec des marches d’approche plus au moins longues. Nous ne prendrons pas le temps de faire plusieurs arrêts mais dirigeons nos chaussons vers le « Strogir ». En effet, ce rocher est vraisemblablement emblématique dans la région. Érigé comme une grande dent surmontant les montagnes côtières, il a une certaine prestance dans le monde des grimpeurs locaux. L’approche est de 45 minutes de montée, ça permet d’allier rando et escalade ; on aime ça. Et en plus ça fait guise d’échauffement.

On y fera une chouette « petite grande voie » de 120m de haut pour jouir d’une vue exceptionnelle. Encore sur notre fin après cette ascension bien rapide, nous enchaînons par une grande longueur de 75m sur un calcaire tout joli, juste en dessous du Strogir, à l’assaut de sa petite dent jumelle. C’est fait pour le duo du jour, redescente au van en repassant par la fameuse porte des Turcs avant de reprendre la route vers Paklenica où nous arrivons après un énième couché de soleil aux couleurs enchantresses.

Encore une fois, lors de ces moments de route, nous somme content d’être là en basse saison, car même si la côte est un peu morne, que tous les bars, cafés et restaurants affichent portes closes, nous imaginons mal faire la même route en été. Nous ne croisons que très peu de voitures sur cette route qui est la seule parcourant toute la côte, et c’est très agréable. Ici en été, c’est la cohue, les touristes, les camping-cars, les autobus et tout le reste lié à l’activité estivale. Les touristes qui profitent de la Croatie et les croates qui profitent des touristes en gros.

On arrive de nuit à Paklenica, grâce à notre super app Park4Night (quoi on en a pas encore parlé ?! allé j’ai fais un petit article bon plans app : ici) on trouve un super spot au bord de l’eau. Ici on est tellement enfoncé dans un bras de mer protégé par deux rangs successifs d’îles que la surface est aussi calme que celle d’un lac, voir plus. L’eau est limpide et les vagues quasi inexistantes. C’est grandiose la journée mais la magie opère surtout le soir lorsque les « pécheurs aux lumières » viennent faire des aller-retours le long des plages, aussi silencieux que la branche qui se laisse emporter par la rivière, leurs bateaux, tels de grosses pirogues sont armés d’un gros spot à l’avant. Celui-ci permettrait d’attirer les poissons en recherche de lumière… divine ou mortelle. Les pécheurs reviennent tous les soirs et nous jouirons du spectacle au coin d’un feu, avec de nouveaux amis italiens rencontrés par hasard sur le spot, et de leur chien qui nous a fait une peur bleue notre premier soir mais s’est avéré être un beau Border Collie bien sympa, joueur et très utile pour nous apporter du bois pour le feu. Eh oui, son jouet préféré devait être le plus gros possible, bien plus que sa tête en tout cas.
Je m’égare un peu mais pour clore la parenthèse, ces fameux italiens du nord, viennent d’un petit patelin perdu à la limite des Dolomites, qui s’appelle Longomoso, et qui jouit d’une certaine réputation grace à ces pyramides de terre surmontées de gros rochers… ça vous rappelle quelque chose ?! eh oui, c’est bien là qu’on a bivouaqué par le plus grand des hasards en se dirigeant vers les Dolomites, ou ce qu’on pensait être celles-ci en tout cas. Que le monde est petit me direz-vous ! (on en parlait ici).

Paklenica donc. On y a passé quatre jours. A savoir : l’entrée est payante dans le canyon principal. Principal car il y’en a deux : Vala Paklenica et Mala Paklenica. Vive la basse saison encore car l’entrée est moins chère (beaucoup) dans le premier et gratuite dans le deuxième à cette période. Dans tous les cas, des pass pour 3 et 5 jours existent pour faire une bonne affaire. Nous avons donc pris le pack de 3, et profité du 4ème jour pour aller visiter le Mala en rando pure.

Premier jour, première grande voie, on attaque plus au moins soft, enfin c’est ce qu’on pensait. Liliv, un des beauf’s d’Athé nous envoie une sélection de voies, on choisit « Slovenski », 200m 6a+ max. Bonne orientation et petite marche d’approche pour une première dans le canyon, c’est un des contrefort en rive droite qui s’appelle Debeli Kuk. Bon l’échauffement souhaité c’était sans compter les cotations un peu « old school » de l’endroit. Il faut ajouter un bon niveau à chaque cotation des gorges, on l’apprendra à nos dépend et la réputation fera écho dans nos oreilles plusieurs fois par la suite. Dès la deuxième longueur dans un dièdre ultra technique aux positionnements douteux et au prises cachées le ton est donné. On enchaînera tout de même toutes ces belles longueurs pour un sommet plus que mérité, surtout pour Athé qui y aura tenu un combat plus que coriace. Une chose est sûre, la prochaine fois, elle me laissera porter ma bouteille d’eau et prendra des barres céréales à la place d’une salade composée et de son pot de vinaigrette en verre… Note que le festin fut à la hauteur de la voie et un vrai délice en son sommet.

Pour se remettre de nos émotions et se donner une meilleure idée des cotations assez spécifiques au lieu, le lendemain on grimpera des couennes avec nos amis italiens, leur chien et des allemands qui nous prêteront le topo pour qu’on puisse planifier la suite. Le choix n’est pas simple et il nous faudra bien éplucher le roman pour trouver quoi gravir pour notre dernier jour. Athé préfère garder de la marge et j’aimerais finir en apothéose tout de même pour quitter ce lieu sur une note magistrale !

Mais avant ça, pour se reposer les bras et reconstituer un peu de peau avant la grande ascension, on prend notre jour de repos pour aller randonner dans le Mala Paklenica. Ce deuxième canyon est aussi majestueux que le premier et, point positif selon moi, il est beaucoup plus sauvage ! On planifie une boucle qui nous prendra la journée (les jours sont de plus en plus courts…). La gorge commence par un sentier assez bien marqué, au milieu de falaises vertigineuses envahies de végétation, on comprend pourquoi l’escalade est ici moins présente mais également que celle-ci est interdite. Les autorités ont probablement voulu conserver une de ces deux failles terrestres pour y laisser jouir en paix oiseaux, animaux et végétaux. Et c’est plutôt bien comme ça ! Le canyon est magnifique, ses parois s’élèvent de chaque côté remplies de couleurs du gris à l’orange et de toutes les nuances de verts. Après quelques centaines de mètres, le sentier se fait moins évident et il devient plus raide. On découvre une grotte avec des bouteilles qui récoltent le goutte-à-goutte de l’eau filtrée par des milliers de mètres cube de roche. Ensuite, il faut cheminer dans le lit de la rivière, au milieu de gros blocs de roche, suivant le marquage on escalade et saute de l’un à l’autre, toujours en bonne ascension. A la sortie du Canyon, le lit de la rivière (asséchée) nous conduit pendant plusieurs km sur un terrain plus au moins plat avant de remonter par les collines et de descendre via le maquis Croate face à un couché de soleil à nouveau grandiose. Arrivés à la tombée de la nuit, on a failli sortir les frontales mais notre van était encore visible dans la pénombre… peut-être aurait-on du les sortir pour vérifier les piles ce jour-là, à quelques mètres du camion ? …

Dernier jour dans le parc, apothéose ou ecchymose, on jette notre dévolu sur un combiné à l’assaut de l’Anica Kuk, le sommet emblématique du lieu ! Départ via Karabore pour une longueur de chauffe, suite via Svicarski pour une transition vers Domzalski pour rejoindre le sommet du « stup » (aiguille qui sert de contrefort à l’Anica Kuk). On se perd un peu, on double une ou deux longueurs mais on arrive sans peine sur cette arrête qu’on suit sur une soixantaine de mètres jusqu’à une plateforme où deux options s’offrent à nous, la première est Razza Romantike : un 6c « Paklenica » qui nous refroidit tous les deux, Athé de suite à cause du niveau, et moi à la vue des pitons bien rouillés qui l’équipe. La deuxième est d’enchaîner avec Brid za veliki cekic jusqu’au sommet. On choisit donc cette dernière en partant tout d’abord dans une série de traversées en crochet dans des cotations faciles mais avec un super gaz en-dessous de nous ! Pour les néophytes, du « gaz » c’est quand l’impression de vide est franchement forte. On continue ensuite sans trop de peine dans une série de longueurs jusqu’à à arriver sur un plat qui devrait, selon notre topo, être la fin de la voie. On est content, il fait encore bien beau et on se met en quête du chemin de descente. A droite, du vide, à gauche pareil, devant, un rocher raide… on tourne un peu en rond, je m’embarque presque à l’aveugle dans une autre voie avec mes grosses aux pieds mais finalement on reprend le topo pour y voir plus clair et là… sur une autre page, dans un petit encart, on découvre qu’il nous reste trois longueurs avant le haut de la voie… ça explique des choses mais ça flingue un peu le moral aussi avec les doigts de pieds qui crient au martyr et le soleil qui entame sa course vers les profondeurs de la mer adriatique.

On se dépêche un peu et on trace les trois dernières longueurs en passant un peu n’importe où. Enfin en haut ! Petit moment de célébration, mais Athé qui n’a pas l’habitude des retours nocturnes est un peu en pagaye, c’est que le sommet n’est que la moitié de la course y parait. J’arrive tout de même à prendre quelques photos de ce super couché de soleil (encore). Aujourd’hui on est au meilleur endroit pour le voir, vu qu’on est au plus haut.

Le chemin de descente se fait à pied mais pour se faire, il faut crapahuter sur des rochers assez acérés pour d’abord atteindre le véritable sommet de la montagne, avant de redescendre par le versant nord et rejoindre le pied de la voie, puis le bas du canyon est notre maison roulante 600m en contrebas. La nuit tombe et il est temps cette-fois ci de sortir les frontales pour poser les pieds correctement sur ces couteaux de roche. Petite émotion de détresse lorsque celle d’Athé ne s’allume pas.. eh oui on aurait dû les tester ces piles ! Mais pas de soucis, je lui file la mienne et utiliserais la lumière de mon téléphone pour éclairer mes pas. Je suis plus à l’aise sur ce type de terrain et avoir une seule main libre est moins gênant pour moi. La nuit tombe, les étoiles pointent le bout de leur nez, la vue est grandiose et la sérénité revient. On s’arrêtera pour manger un bout, on a pas pris le temps dans la voie. Noir ou noir, c’est pareil de toute manière. Un peu de réconfort lorsqu’on rattrape ensuite une autre cordée d’anglais dans la descente. Ne pas être seul dans la montagne, parfois ça irrite mais souvent ça rassure tout de même. On arrive sans encombre par le sentier qui se fait bien meilleur lorsque le calcaire laisse la place à la terre et aux gravillons.

Retour au camp pour allumer un feu – de joie – et célébrer cette belle journée au sommet de Paklenica, on est monté par la grande scène et redescendu par la sortie des artistes, chapeau bas ! A bientôt pour un rappel sur les planches !