[#12] Introduction à la Grèce : Du Nord-Ouest au Péloponnèse.

C’est sans encombre que nous traversâmes la frontière nous ramenant à L’Union Européen. C’est pourtant des décors très similaires qui nous accueillirent sur les premières centaines de km : des montagnes, la mer, des troupeaux de chèvres et de moutons traversant à l’improviste et ces déchets qui jonchent le bas coté. Petite nouveauté dans le tableau, des châteaux-forts en ruine. Ils sont dans un état de conservation plus ou moins critique ; il faut beaucoup d’imagination pour reconstituer la vie qu’ils ont accueillis. Néanmoins, ils sont en libre accès et donne libre cours à notre fantaisie. Nous nous arrêterons dans un premier château puis à celui de Parga. Nous nous sentons l’âme de conquérants et nous amusons bien !

Nous passerons par « l’espace » d’escalade de Lichnos. Il y subsiste quelques points rouillés, l’oxydation va si vite en bord de mer, et un bon coin pour faire du bloc (dans le jargon cela signifie que tu ne vas pas très haut, généralement tu te protèges avec un « crash-pad », un matelas au sol, que nous n’avons pas emmené). Même si nous n’avons pas grimpé dans cette belle plage, elle nous aura permise de faire la connaissance de Saphia en VanCances (Van-Vacances) avec sa fille.

Et c’est avec joie qu’elle se joindra à nous pour le nouvel an. Au programme, retrouvailles avec les copains de « t’es où loulou », rencontré une première fois en Slovénie, puis en Croatie. Nous passerons la Saint Sylvestre avec d’autres Vanlifers, pour reprendre leur expression bien instagrammé : Ludivine et Sylvain, rencontrés dans les sources de Langarica, près de Permët, en Albanie. L’univers des van-totters d’hiver est bien petit, comme nous avons pu le constater avec plaisir. C’est que la Grèce est une destination prisée, bien au sud mais toujours en Europe.

C’est sur une belle plage que nous nous rejoignons. La fête à failli finir en noyade au vu de la mousson qui nous inondait. Forte heureusement Dionysos était de la partie et a sauvé la fête. Vers 21h, les copains Anaëlle et Rémy (et oui encore eux!) qui tentent de nous rejoindre sont bloqués à 30km de nous, seuls dans un petit village, sans le sou et sans distributeur dans les alentours. Avec notre seule bière au compteur, nous partons les chercher (secourir?). C’est qu’on les aime fort bien tout de même ! En chemin, on prendra en stop 5 kurdes Irakiens, heureux d’être pris en stop pour la première fois (à 5 en même temps, il faut déjà avoir un bon véhicule…). Ils cherchaient à rejoindre l’Allemagne, étonnamment, ils n’avaient aucun bagage, par contre leur téléphone semblaient performants. On ne voyage pas tous pour les mêmes raisons.

La soirée se déroule fort joyeusement, Nous sommes 5 vans, 8 adultes, 2 enfants. Quelle joie de commencer l’année en voyageant, dans un cadre idyllique et entouré de chouettes personnes.

La nouvelle année 2019 commence aussi par de l’escalade. Nous partons le jour même pour Varasova, l’un des stops mythiques de Grèce. Ce fut l’un des premiers à voir le jour, il est maintenant équipé de centaines de voies dont beaucoup en grande voie. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait, nous avons récupéré un vieux topo de 1997, et sommes partis pour une voie en V+. Ça fait du bien de faire de l’escalade plaisir ^^.

Le temps devenant hostile nous ne sommes restés que peu, alors que le lieu invite à séjourner plus longuement. C’est vers Patras et le Péloponnèse que la suite de nos aventures continues.

[#10] Voyage au Monténégro où littéralement le pays de la montagne noire

La route qui mène à Kotor est apparemment sublime, elle longe l’embouchure et au milieu 2 îles, dont l’une abrite un monastère bénédictin, et en arrière plan des montagnes. Dommage pour nous, la pluie tombe drue et l’on ne voit pas à 20 mètres. Chaque nouveau pays amène son lot d’excitation, nous partons à la conquête d’un distributeur de monnaie local. Nous n’avons aucune idée de la devise mais comme le Monténégro ne fait pas partie de l’Union Européenne, on se dit qu’il n’y a aucune chance pour qu’il ait l’euro. Quelle surprise de voir que l’ATM ne propose que ça. Logique imparable, la Croatie qui est membre utilise le Kuna alors que le Monténégro qui est rebuté à chaque fois de l’U.E utilise l’Euro… On avouera que c’est plus facile pour compter. On est content de voir que les prix descendent un peu par rapport à chez nous. A quoi nous servirait cet argent si ce n’est pour manger ? Première découverte culinaire, un burek (sorte de tarte feuilletée) fourré à la patate. Efficace.

Les bouches de Kotor sont très réputées et attirent de nombreux touristes. A raison, une fois le soleil revenu, c’est avec notre Ami Sasa, rencontré grâce à couch surfing, que nous partons à l’assaut de la ville. Les remparts sont immenses et courent le long de la montagne. Plaisir de l’hiver l’entrée est gratuite. Heureusement vu l’entretien du lieu on se demande se qu’ils font avec l’argent. Il ne reste que des grosses ruines, sans panneaux indicatifs, des déchets dans tous les recoins, avec des arbustes plasticus, espèce endémique des Balkans. Néanmoins le lieu est incroyable, il est assez fun de faire la boucle, en passant par la zone de droite qui clairement n’est pas très pratiquée et ressemble à une jungle.

Le site d’escalade de Kotor est un beau site en haut de la ville, dans un cirque avec 3 parties : de la dalle facile, du dévers sur colo et une belle grotte bien cotée. Le chemin d’accès est raide et fait son travail d’échauffement. Dommage c’est qu’une fois en haut, les voies sont à l’ombre et que même le bonnet et les gants ne suffisent pas à contrer ce froid.

Un peu plus haut se trouve le fort abandonné de Corazda. L’endroit est super pour y passer la nuit, la tempête sévit autour de nous. Quelle joie d’être en camion, nous avons une pensée pour les vadrouilleurs en tente qui ne peuvent pas camper dans ces conditions. Au matin, nous devenons des archéologues type Indiana Jones des temps modernes, à fouiller tous les recoins sombres de la forteresse. Ce n’est pas restauré mais au moins c’est gratuit.

La route qui suit est connue pour ses lacets bien parallèles entre eux. J’ai très envie de voir ça et nous prenons la route avant la tombé de la nuit pour aller jusqu’au Mont Lovcen, parc national. Plus l’on monte et moins il y a de degrés. Détail auquel je n’avais pas songé. La route est super, le panorama impressionnant mais les Celsius tombent. La neige fait son apparition, sur les bas coté ça va, mais lorsqu’elle se joint au gel sur la route ce n’est plus là même préhension. La nuit est arrivée et il fait déjà -1°C, la route devient, à ce qu’on nous a dit pourrie, et absolument pas déneigée. Un complexe touristique sorti de nul part nous sauve un peu la mise, il n’est que 17h et l’on n’a pas de chauffage. Ce sera une excellente découverte. On y a mangé comme des rois pour pas grand chose. La polenta Monténégrine avec son fromage frais sera à retenter à la maison. Quand au cordon bleu, une escalope fourrée au fromage typique de là bas, Oli s’en rappellera, c’était un sacré gros morceau !

Nous repartons au matin, l’état de la route est bien meilleur que ce qu’on nous avait annoncé et comme il y a des travaux elle a été dégagée. Mais pas jusqu’en haut du Mont à 1800m, où se dresse le mausolée du roi Njegos, fondateur de la patrie. C’est donc sur une couche de neige que l’on roule, sans avoir la possibilité de faire 1/2 tour. Les gardes sont forts surpris de nous voir et nous informent que le mausolée est fermé au vu des conditions exceptionnelles. Zut. On fera tout de même la balade dans la neige d’une 30aine de min jusqu’au pied de l’entrée. Et quelle vue. Le Lovcen est à la rencontre de 2 mondes, celui de la montagne et celui de la côte. Depuis le sommet, tout le pays est magique.

Nous redescendons et partons un peu plus loin pour se faire une randonnée et profiter de la nature du lieu. Plus de 1500 espèces animales et végétales se côtoient dans le parc. On s’amusera comme des enfants à essayer de deviner à quelles bestioles appartiennent les traces dans la neige.

C’est quand même avec une chaleureuse motivation que nous quittons le Lovcen pour le lac de Skardar. Il fait la frontière avec l’Albanie et nous le retrouverons aussi de l’autre coté. Ce lac marécageux habite une faune et une flore exceptionnelles, offre des paysages somptueux. Durant plusieurs jours nous nous baladerons sur et hors sentiers. C’est impressionnant de voir qu’il y a eu un passé plus glorieux à cet endroit, plusieurs hôtels standing avec vu sur le lac sont dans un état de décrépitude avancé.

Nous partons finalement vers la capitale, Podgorica, hébergé chez Ayet notre couch surfeur, d’origine Kurde Irakien. La route est étonnante, plus on se rapproche de la grosse ville de 150 000 âmes, plus la densification se fait, mais uniquement accolée à la route, derrière, des champs remplis de déchets plastiques plutôt que de cultures. La ville n’est vraiment pas très belle, il n’y a pas de centre historique, pas de trottoirs, les bâtiments se composent principalement de barres d’immeubles en piteuses états, c’est une cohue mal organisée et un peu oppressante. Nous avons du passer par la poste centrale du pays pour envoyer nos offrandes de noël, je ne critiquerai plus l’administration de chez nous. Un bordel sans nom règne dans le bureau, des personnes viennent et déposent des piles de lettre-colis directement sur les comptoirs. Personne ne parle anglais mais nous nous faisons comprendre tant bien que mal. On a senti un gros flegme dans chaque office, même privé, où nous nous rendions. Pour une fois le couch surfing chez Ayet est un peu étrange. Le 1er jour il part travailler et ne rentre que bien plus tard que ce qu’il nous avait dit, et le 2eme jour il est resté toute la soirée dans sa chambre alors que nous lui avions préparé un repas. Il s’est excusé par message de son attitude somme toute étrange. Cela nous aura quand même permis d’avoir un canapé et une douche dans cette ville de fou.

Le nord du pays semble sublime avec ses lacs et ses montagnes, l’on reviendra à une autre saison!Nous préférons partir vers le sud et l’Albanie. En chemin, nous nous arrêtons aux chutes du Niagara Monténégrines. Le lieu pourrait être très beau, mais ces déchets gâtent le paysage et irritent les yeux. De plus la présence des ferrailles qui sortent de la structure bétonnée qui donne sa forme à la cascade rend l’ensemble artificiel.

Nous avons aimé l’originalité et la beauté du Monténégro. Ce pays où 2 alphabets cohabitent : le latin et le cyrillique. Qui est paradoxalement le 1er pays à avoir inscrit la protection de l’environnement dans sa constitution en 1992, il leur reste un peu de boulot !

[#7] Le nord de la Croatie : Istria et Krk

Premier poste frontière avec arrêt obligatoire (on est encore dans l’EU mais plus dans l’espace Shengen, ici c’est le Kunas et pas l’Euro), pas de soucis, on montre les documents et on continue vers la Croatie ! Surpris tout de même par les deux contrôles successifs, il faudra s’habituer à d’abord quitter un pays, puis entrer dans le suivant (imaginez-vous une blonde blasée au deuxième guichet, de sa voix grave pas vraiment sensuelle « Slovenia ; Croatia). Va savoir à qui appartient le territoire entre les deux…

Ce pays qui s’étale sur la plus grande partie la côte adriatique a de quoi nous séduire : une côte immense, des îles à perte de vue, des couchers de soleil plus beaux les uns que les autres, le plus gros taux d’ensoleillement de toute l’Europe (argument touristique ou réalité, on est là pour le découvrir) et en plus, c’est un pays qui s’étend de tout son long sur un énorme sol calcaire, de quoi créer des falaises dans tous les coins ! Les Croates l’ont bien compris et ont commencé à ouvrir des voies un peu partout depuis des années – contrairement à leurs voisins. 

Résultat, un énoooorme topo à en faire pâlir la bible par son nombre de pages, par la qualité de ses descriptions (incontestables) et surtout par ses photos en couleur.
Les Croates l’ont bien fait, enfin Boris Cujic en tout cas. Il a dédié sa vie à l’escalade, il a ouvert une chaine de magasins outdoor et arpente les falaises de son pays constamment pour éditer tous les deux ans une nouvelle version de la bible des grimpeurs croates. Quelle bonne idée d’ailleurs de regrouper dans un même ouvrage l’ensemble des secteurs du territoire ; les belges devraient en prendre de la graine je pense ! Seul le site de Paklenica a son propre bouquin, sa grandeur tant en superficie qu’en qualité lui en donne le privilège ; tout comme il méritera son propre article ici.

Bref, nous voilà de l’autre côté de la frontière, direction notre premier site d’escalade : Limski Kanal à proximité de la ville de Rovinj sur la péninsule d’Istria.

Arrivée en mode tempête, on trouve un endroit pour la nuit derrière un van d’allemand. Vous avez déjà eu le mal de mer dans une voiture à l’arrêt ? Non ? Nous non-plus mais c’était pas loin vu la force du vent qui faisait tanguer le van ! Lendemain, soulagé, le vent est tombé et nous voilà à grimper sur un site pas mal fréquenté le long d’un (du ?) Fjord croate. La vue est superbe, le soleil réchauffe et les voies sont belles et longues. On y passera deux jours de superbe escalade pour découvrir les différents secteurs, et ce avec nos nouveaux amis allemands croisés par hasard au début, et par dessein ensuite.

On prend la route vers Rijeka et les sites de grimpe de l’Est de la péninsule. C’est là que nous rejoignent Séb et Céline, des copains de Stone Age (la salle d’escalade où j’avais mes quartiers à Bruxelles) qui voulaient faire un road-trip et en profitent du coup pour venir prendre l’apéro dans le Sud !

Après un bon repas, on les emmène direct en mode bivouac sur le plus haut plateau des environs, il fait un peu frisquet mais la vue est belle ! Eux en mode tente et nous dans le camion comme d’hab. Ce sera notre quotidien pour les quelques jours qui viennent.

Premier site à découvrir ensemble : Vela Draga, c’est majeur et c’est un des premiers sites de Croatie, on est dans un canyon immense qui offre des falaises super raides et impressionnantes au nord (mais mouillées et peu accessibles) et plein de petits secteurs pas mal intéressants au soleil, entre parois raides, arrêtes et tourelles de roc, on a de quoi s’amuser dans des cotations à prendre au sérieux tout de même !

Journée suivante, site suivant, retour vers la mer pour des voies au-dessus des vagues. Le cadre est magique, par contre ici c’est beaucoup plus aventure, tant au niveau de l’approche que des longueurs. Je vous passe l’échec cuisant de la descente à pied avec le bruit des pierres qui se décrochent et finissent leurs courses folles dans la mer après avoir fracassé la forêt pendant 200m, la descente en rappel tout en finesse et en bout de corde, le pied des falaises dans une pente herbacée de 40°, le passage entre les secteurs plein gaz sur cordes fixes un peu usées, le beau plomb que j’ai pris avec une prise qui s’est dérobée et la remontée par ce « sympa 6a bien long » qui s’est révélé être un mix entre Indiana Jones pour la jungle et la Cobra Crack pour les pas… à bah en fait non, je vous ai tout dit !

La météo refroidit et on décide de continuer un peu vers le Sud, direction l’île de Krk, eh oui les voyelles par ici c’est un peu comme le flamand à Bruxelles, on sait que ça existe mais on ne l’utilise pas tellement. Traversée d’un tout grand pont (payant, il faut toujours payer pour arriver sur une île dans ce pays) et puis le long de La grand route de l’île jusqu’au site de Portafortuna. On est au centre de l’ile (dans sa partie nord), à quelques kilomètres de Baska qu’on aperçoit au loin. Pas les pieds dans la mer du coup mais à l’intérieur de cette grande vallée entourées de plateaux arides qui forment la géographie de la plus grande île de Croatie. N’empêche que les voies sont majeures, les premières dalles de chauffe sur un beau rocher gris suivies de plus athlétiques dans de belles formations rocheuses. Le must reste pour moi ce super 6c déversant qui monte en plein milieu d’une face sculptée à souhait, notamment de ces fameux « nid d’abeilles » qui sont splendides à grimper, rappelle le Cap Canaille près de Cassis et offrent de belles préhensions. Ceci-dit, leur petit nom n’était pas ici que descriptif puisque les abeilles volaient bien tout autour de moi pendant l’ascension, mais bien sages, le vrai nid devait être un peu plus loin. Ouf.

Il est déjà temps pour Séb et Céline de reprendre la route vers le Nord, en repassant par Innsbruck, leur coup de cœur du trajet. Je ne serais pas étonné s’ils m’annoncent un jour déménager par-là !

De notre côté, on prend un ou deux jours de repos-rando à se promener sur les bords de l’île, à visiter les quelques patelins et à profiter des paysages, et même à s’oser une baignade dans la Méditerranée en plein mois de Novembre !